Solar Panel : quand Jean-Charles Gutner et Roederer explorent la diversité du vivant

Le champagne Louis Roederer qui compte 115 hectares certifiés bios porte une attention particulière à la restauration de la biodiversité champenoise. Une approche qui n’est pas seulement environnementale, mais aussi esthétique. Dans le cadre du rendez-vous biennal « Révélations » au Grand Palais Ephémère à Paris, la Maison et le photographe Jean-Charles Gutner se sont associés pour une exposition intitulée « Solar Panel » mettant en lumière toute la beauté des feuilles de vignes lorsque l’on prend le temps de les contempler pour ce qu’elles sont : des œuvres d’art uniques que nous offrent la nature. Jean-Charles Gutner est ainsi le troisième artiste après Duy Anh Nhan Duc et Philippe Starck à collaborer avec la marque.

Jean-Charles Gutner comment est né ce projet Solar Panel ?
J’ai commencé à photographier les feuilles de vignes en 2015. A la manière des dessinateurs qui ont leurs carnets de croquis, il s’agissait d’une recherche personnelle, d’une étude… Les paysages des vignes travaillées par l’homme sont très organisés. Cela pousse l’œil à la paresse. Le premier réflexe lorsque l’on prend une photo consiste à jouer avec ces lignes. C’est facile et très graphique, on obtient des cartes postales. En ce qui me concerne, je suis toujours en quête de nouveauté et je trouve que l’on passe souvent à côté de beaucoup de choses sans les observer. Le rôle d’un vrai photographe vise justement à apprendre aux gens à regarder. Dans les vignes, les feuilles sont effacées par leur volume, elles sont prises dans la masse. En les isolant sur une feuille blanche, on fait ressortir leurs détails, la finesse de leurs nervures. On a l’impression de voir dessiné sur chacune d’entre elles une reproduction miniature de la mosaïque du parcellaire de nos coteaux. Les nuances de couleurs sont également incroyables. Tout cela sans aucune retouche… Quant au titre « Solar Panel », vous pouvez l’interpréter comme un clin d’œil à l’ingéniosité de la nature qui n’a pas attendu l’homme pour inventer les panneaux solaires. Que sont en effet les feuilles sinon des panneaux qui captent l’énergie du soleil pour alimenter la plante grâce à la photosynthèse ?

Il s’agissait aussi de constituer une sorte d’inventaire visuel des différentes variétés…
Oui, je me suis appuyé sur l’ampélographie. J’ai photographié tous les cépages champenois et alsaciens. Je me suis aussi attaqué aux cépages du Sud-Ouest et notamment un cépage demeuré jusque-là inconnu du domaine de Claude et Lydia Bourguignon à Cahors. Ses feuilles étaient étonnantes, très hachées et structurées, avec une forme un peu conique de sapin. Sur les conseils de Pierre Huré, vigneron à Ludes, j’ai envoyé la photographie à l’Institut Pierre Galet. Quelques jours plus tard, un contributeur nous a indiqué qu’il s’agissait d’un chasselas Cioutat originaire de Judée. Il avait été identifié par Pierre Galet parce qu’il était frappé sur des pièces de monnaie du temps d’Hérode. On peut même imaginer que c’est avec ce raisin qu’a été produit le vin servi au Christ pendant la Cène ! La variété est aujourd’hui très rare, il ne reste plus que quelques pieds cultivés à la frontière entre l’Autriche et la Suisse.

© Marie Flament
© Marie Flament

L’autre spécificité de votre projet réside dans l’impression de ces photos sur un papier très particulier…
J’ai découvert ce papier grâce à une amie, Ariane de la Chapelle, ingénieure recherche au Louvre. Un jeune stagiaire coréen le lui avait présenté. Après tout un process d’évaluation, il est rentré à l’inventaire des matériaux du département des dessins du musée. Il sert uniquement à la préservation et l’entretien des œuvres exceptionnelles. Nos vieux papiers européens vieillissent mal. Pour les conserver ou les réparer, on utilise ce papier Hanji comme support d’encollage. Les dernières œuvres qu’il a permis de sauvegarder sont des dessins de Léonard de Vinci, Dürer et Raphaël. Cela vous donne le niveau de qualité ! Il est vrai que sa durée de vie se compte en siècles. « Trésor national » en Corée, il est fabriqué par l’une des dernières familles héritières de cette tradition qui remonte au VIIe siècle. Elle cultive elle-même les mûriers et les roses trémières qui constituent avec l’eau de source les trois ingrédients 100 % naturels. Obéissant au rythme des saisons, la production n’a lieu qu’une seule fois par an. J’ai tout de suite vu un parallèle d’excellence avec le champagne et l’idée de relier ces deux produits qui subliment le fruit de la nature et font appel à des techniques artisanales m’a paru une évidence. Je voulais créer entre eux une sorte de pont végétal. J’ai dû surmonter un vrai défi technique. Ce papier aux fibres légères n’a absolument pas été conçu pour la photographie. Le maître papetier a donc conçu un papier spécial pour moi. L’impression n’en demeure pas moins très difficile. Elle nécessite des préparations et il a fallu que je trouve le bon imprimeur à Paris. L’objectif était en effet d’imprimer sans aucun recours à la chimie.  Si tout se passe bien, on parvient à faire trois ou quatre tirages en une matinée grand maximum. Même les Coréens en sont incapables !

Pour découvrir le travail de Jean-Charles Gutner : https://www.jeancharlesgutner.com
www.louis-roederer.com

L’inauguration de l’exposition fut aussi l’occasion de découvrir Collection 244, la dernière édition du multimillésime du champagne Louis Roederer, construite autour de la vendange 2019 (54% de l’assemblage). On appréciera à la fois la délicatesse du fruit et l’éclat minéral de ce grand champagne (59€).

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