Taittinger lance une visite virtuelle de ses crayères - Routes des vins

Taittinger lance une visite virtuelle de ses crayères

La Maison Taittinger installée sur la butte Saint-Nicaise à Reims possède un trésor, ses magnifiques crayères dont les plus anciennes dateraient de l’époque romaine. Pour mieux partager ce patrimoine inscrit à l’UNESCO, elle a décidé de proposer une visite en ligne, non pas concurrente mais complémentaire à la visite physique, dans la mesure où elle adopte un angle plus historique.

Le champagne Taittinger propose pour la première fois une visite virtuelle de ses caves. Loin de dédoubler le parcours en présentiel qui attire déjà de nombreux visiteurs (environ 70.000 par an avant la Covid), il s’agit plutôt d’offrir un autre angle, moins technique et plus historique. Classées au Patrimoine mondial, ces caves qui datent pour les plus anciennes de l’époque gallo-romaine permettent en effet de naviguer à travers près de 2000 ans d’histoire. Tout commence avec la ville de Durocortorum, capitale de la Gaule Belgique, l’une des plus vastes cités du Nord de l’Empire. Dans la grande plaine champenoise, les matériaux de construction sont rares, les carrières de pierre éloignées et les ressources en craie de la butte Saint-Nicaise apparaissent providentielles. Elles serviront au fil des siècles à l’édification des maisons en carreaux de craie et à la production de chaux, utilisée comme liant jusqu’à l’invention du ciment en 1825. La méthode d’extraction est simple, les carriers creusent à la verticale des pyramides, les fameux essors, jusqu’à ce qu’ils atteignent les bancs de craie. L’étroitesse de la cheminée sur la partie supérieure évite lorsqu’il pleut d’inonder le chantier. Les crayères cesseront d’être exploitées au XVIIe siècle et trouveront une nouvelle vocation pour servir au vieillissement du champagne dès le XVIIIe siècle.

Alors que les visites classiques se font habituellement à une seule voix, on bénéficie ici de deux narrateurs de choix, Vitalie Taittinger, la présidente de la Maison et l’historien Patrick Demouy, qui nous raconte l’épopée des Comtes de Champagne. D’un côté une champenoise et femme du métier, gage d’authenticité, de l’autre un scientifique reconnu de l’Université de Reims, gage de précision.

En quelques mots, le médiéviste fait renaître devant nous cet âge d’or oublié du XIIIe siècle, lorsque Thibaud IV avait réussi en favorisant les Foires de Champagne à faire de la région le carrefour des affaires de l’Europe, profitant de sa situation « sur un axe méridien reliant les deux pôles essentiels de la vie économique de l’époque, l’Italie du Nord et les Flandres ». Valeureux guerrier qui participa à l’une des dernières croisades, et tout à la fois mécène, poète et musicien, ne méritait-il pas qu’on lui dédie un grand vin ? Aujourd’hui, seules les cuvées Comtes de Champagne ont le privilège de mûrir dans les Crayères de la Maison.

C’est aussi dans ce contexte de prospérité et de douceur de vivre du XIIIe siècle que se développe l’Abbaye Saint-Nicaise. Elle se situait juste au-dessus des caves actuelles. Fondée au Ve siècle, le monastère accueillait les pèlerins qui se rendaient sur le tombeau du martyr « céphalophore ». Assassiné par les Vandales, il aurait porté sa tête jusqu’au lieu de sa sépulture ! Une nouvelle abbatiale est ainsi construite entre 1229 et 1263 sous la direction de l’architecte Hugues Libergier. D’une rare beauté, ce chef d’œuvre gothique était surnommé « La Sainte Chapelle de Reims ». Détruit à la Révolution avec l’abbaye, les quelques vestiges qui ont survécu de cet ensemble se situent dans les caves de la Maison comme cet escalier astucieux répliqué en miroir au plafond qui permettait aux moines de se guider avec leurs mains dans l’obscurité sans trébucher, cette grille en fer forgé fermant un caveau suspendu qui s’ouvrait autrefois sur les jardins de l’Abbaye, sans oublier ce souterrain dont on entrevoit l’entrée condamnée. Il servait aux moines à gagner sans encombre les différents lieux de culte situés aux quatre coins de la cité des sacres.

En collaboration avec l’historien Jérôme Buttet, la Maison a également réalisé tout un travail sur les graffitis. Beaucoup rappellent le choix héroïque de ces 17.000 rémois qui refusèrent de quitter la ville pendant les bombardements de la Grande Guerre et qui vécurent dans la pénombre des caves pendant près de quatre ans. Le temps devait être long, d’où cette multitude de dessins sur les murs qui en font un véritable Lascaux champenois. On retiendra les trèfles à quatre feuilles gravés par des soldats espérant s’attirer la bonne fortune d’échapper aux balles pendant l’assaut. Ou encore cette multitude de représentations de chevaux, victimes oubliées des combats. Pourtant, eux aussi ont payé un lourd tribut : de 1914 à 1918, huit millions d’équidés ont été réquisitionnés.

Lien de la visite virtuelle (gratuite en français et en anglais) : http://www.taittinger.com/visite-virtuelle

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