Une Percée du vin jaune rappée

La Percée du vin jaune a fêté son quart de siècle et le millésime 2016 à Voiteur, avec l’humour décapant et rappé de l’humoriste franc-comtoise Lola Sémonin alias la Madeleine Proust, et le chef doubien Matthias Marc.

Un vent frais a soufflé sur cette Percée du vin jaune qui fêtait en ce premier week-end 2023 son 25ème anniversaire. Un ressenti non pas météorologique (temps doux mais un peu pluvieux) mais dû à l’humour décapant et rafraîchissant de Lola Sémonin alias la Madeleine Proust, promue cette année marraine de l’événement. « J’espérais depuis longtemps marrainer cet événement ; j’étais d’autant plus contente qu’en 2016, j’avais été « refusée » et je pensais qu’il n’invitait que des personnalités parisiennes. » Le ton était donné en introduction et avec un discours en forme de rap écrit par le jeune Kamel, personnage de son invention qui accompagnait ses derniers spectacles pour un dialogue décapant.

(Extraits) 

Que tu viennes du Jura
Ou du territoire de Belfort
Que tu manges ou non du porc
Gloire à celui qui percera
Le secret d’la saucisse de Tomor
Si tu la piques, t’es mort

Pour faire une bonne cancoillotte
Il faut du méton qui déchire
Mettons qu’tu la loupes
Mettons qu’ce soit d’la soupe
T’as vu dis pas ça craint
Débouche une bouteille de savagnin

Une ambassadrice régionale de choc

Si Lola Sémonin, née sur les plateaux de Morteau et y vivant aujourd’hui à plein temps, méritait largement la Percée (de nombreux spectateurs de la mise en perce étaient même venus pour elle), la Percée méritait bien la Madeleine Proust, à la recherche constante du temps perdu. « Une interprète des paysages francomtois avec son regard d’une autre époque et qui symbolise très bien la rencontre de deux produits emblématiques de la région, le comté et le vin jaune », rappelait Alain de Laguiche (château d’Arklay) dans son discours. « La Madeleine Proust, c’est le mariage de l’humour, la bonne humeur, l’ironie et la philosophie du monde rural aux limites du surréalisme voire l’absurde et le sarcasme. »

Cette ancienne instit d’un village de montagne a découvert le monde paysan, son langage et son riche savoir au fil de ses rencontres effectuant ensuite « un véritable travail d’ethnologue, estime l’humoriste socio-linguiste et l’écrivaine régionaliste. J’ai lu beaucoup, rencontré les gens dans les villages et les campagnes, magnéto à la main ou en prenant sans cesse des notes, puis en apprenant l’accent pour comprendre la musique de la langue rurale quand j’ai enfin sauté le pas en rejoignant le conservatoire de Besançon. J’avais envie de faire un personnage seul, j’ai beaucoup cherché et finalement elle était devant moi la Madeleine Proust, quand j’ai rencontré une âme, une paysanne et pas seulement qui me faisait rire mais qui me bouleversait avec son vécu. »


Foule aux caveaux

21 000 visiteurs ont ainsi assisté ce week-end au quart de siècle de la Percée qui affichait complet avec des files d’attentes impressionnantes devant les 38 caveaux improvisés, aménagés dans les caves, greniers et garages du village de Voiteur. Ils étaient venus pour découvrir le nouveau millésime de vin jaune, un 2016 plutôt sur la rondeur que dans l’opulence et la puissance, dégusté également sous le chapiteau lors du concours de cuisine animé par le second parrain de cette édition, le chef étoilé Matthias Marc (Substance, à Paris) originaire du Doubs. 

Beaucoup de participants ont suivi le cortège du tonneau, de l’église où avait été béni le vin jaune nouveau, au Champ de Foire où ont eu lieu la mise en perce et le passage du robinet aux vignerons d’Arbois qui organiseront la prochaine Percée en 2024. Petite innovation cette année, au vu de la distance à parcourir jusqu’au bout du village, le tonneau avait bénéficié de l’aide du tracteur de Bastien Baud, président de la Percée, un bel engin de 1956 restauré par le vigneron lui-même. 

Une jeune président « gladiateur »

Sur l’estrade, le maire de Château-Chalon, Christian Vuillaume aux discours panégyriques, a rendu un bel hommage à la 9ème génération des Baud. Il en a profité pour rappeler que Bastien était bien tombé dans la filière (et dans un tonneau) quand il était petit, faisant sa première Percée à 6 ans en 1999, en ouvrant le cortège hotte sur le dos. Après un tour de France des vignobles, ce « gladiateur de la vigne » est revenu au domaine pour prendre la suite de son père avec sa sœur Clémentine au commercial et à l’export. Le jeune vigneron a rappelé que l’événement s’inscrivait « dans une philosophie épicurienne de bons vivants au-delà des frontières jurassiennes » avec notamment des produits de toute la Franche-Comté, invitant les visiteurs à goûter une saucisse de Morteau avec un poulsard ou un poulet de Bresse avec du vin jaune. Et comme le rappelait Bastien Baud à la mise en perce :

Tant que la vigne du Jura
Sur ses riants coteaux croîtra
Jamais Comtois ne se se rendra

Un château-Chalon 1886 à 3 500 €

Cette année, la vente aux enchères qui s’est déroulée sous chapiteau le dimanche après-midi et sous le marteau de Me Jean-Paul Renoud-Grappin, a vu les prix s’envoler pour un château-chalon Bury 1886 à 3 500 € (hors frais). Le lot des 16 vins clavelinés (récompensés à la dégustation du vendredi) est parti à 1 000 € au profit de l’association caritative La Cabane des Copains Jurassiens. Elle est active sur le montage de petits événements dans la région destinés à récolter des fonds reversés au Téléthon ou à la lutte contre le cancer.

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