Une révolution margalaise à bas bruit

Deux grands médocains, en quêtes d’identité, reviennent sur l’enracinement originel de leurs vignes, sur un intra-parcellaire très affiné, pour imaginer une gamme de vins de lieu. Plutôt rare sur cette terre du milieu, ramassée sur ses immuables cuvées classées en 1855, et qui donnaient longtemps l’impression d’une frileuse pétrification. Château Durfort-Vivens et Château Marquis de Terme bousculent (doucement) une tradition, dont on se dit qu’elle créa parfois des vignerons hors sols. 

Une cuvée originelle
Le Château Marquis de Terme, Grand Cru Classé en 1855, se présente comme le garant immuable d’une viticulture qui se nourrit de 260 ans d’histoire. Une marque de fabrique parfaitement incarnée à travers des déclinaisons qui répondent à un choix parcellaire, au choix technique et à un choix de cépage. Le Grand Cru Classé Château Marquis de Terme, bateau amiral de la propriété est issu d’une sélection fine des 26 parcelles de l’ensemble du vignoble effectuée sur une base qualitative – un attendu – de Cru Classé médocain. Certaines parties seront, de facto, exclues du Grand Vin. La cuvée Empreinte, une production confidentielle est un hommage appuyé au merlot, présent ici à 60%. Mais nous nous arrêterons sur la cuvée 1762, qui arbore avec fierté la date de création de Marquis de Terme et répond à un besoin de cuvée plus identitaire. Elle est l’expression de l’ensemble des parcelles datant de la création du Marquis de Terme. L’idée de son grand ordonnateur Ludovic David, son directeur, était qu’il fallait que l’ensemble des parcelles originelles soient enfin présentes dans un vin. Une cuvée identitaire avant tout pensée comme la quintessence d’un lieu précis et cadastralement établi comme originel. 

Enfin incarner son terroir
Gonzague Lurton propriétaire du Château Durfort-Vivens, Deuxième Grand Cru Classé en 1855, s’est quant à lui ingénié à imaginer trois cuvées au plus près de leur terroir. On perçoit immédiatement qu’il y a là quelque chose de singulier, de bousculant dans une AOC qui compte plus de classés 1855 que de moutons dans ses vignes. Ces cuvées doivent permettre une parfaite lecture des sols, des cépages de ce cru iconique de Margaux. Est-ce que la biodynamie, Durfort est certifié depuis 2016, sont-ce les élevages en jarres de terre cuite débutés très tôt, quoiqu’il en soit c’est ici parfaitement ancré dans ses sols que Gonzague Lurton a voulu créer cette trilogie Les Plantes, Le Plateau et le Hameau, en s’appuyant sur des cartes millésimées de l’origine parcellaire de ses cuvées. Rappelons que le vignoble de Durfort-Vivens est tout de même composé de 83 blocs – très tôt identifiés – et s’étend sur quatre communes de l’appellation Margaux. Cette viticulture intra-parcellaire valorise clairement les spécificités de chacun des terroirs à l’origine du Grand Vin : la fraicheur, la puissance et l’élégance. Une approche qui autorise en réalité une lecture pédagogique d’un lieu et de l’identité du vin qui y nait. Assurément une porte d’entrée pour réviser ses grands classiques margalais. 

Vers une plus grande lisibilité des vins
Château Durfort-Vivens, tout comme son voisin immédiat le Château Marquis de Terme, est aujourd’hui le fier dépositaire d’un trésor vitivinicole inestimable. Les deux sont pleinement conscients des enjeux de conservation de ces différents patrimoines. Si Château Durfort-Vivens et Château Marquis de Terme s’engagent à préserver un héritage littéralement « béni des dieux », ils ont surtout en commun d’être méticuleusement revenus sur un parcellaire qu’on a voulu trop tôt figer dans le marbre. Deux fortes têtes qui s’attachent à faire de leurs exploitations un véritable lieu d’expérimentations pour élaborer également de nouveaux profils organoleptiques. Une quête d’identité, qui chez ces deux-là, est indéniablement à l’origine de cuvées de lieu plus lisibles et incarnées.

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