Vallée du Rhône : une région favorable au placement ? - Routes des vins

Vallée du Rhône : une région favorable au placement ?

Chaque mois, Angélique de Lencquesaing commente au sein de l’émission BFM Patrimoine les dernières tendances du marché des ventes aux enchères de vin. Interrogée il y a quelques jours par Cédric Decoeur, elle a souhaité braquer les projecteurs sur les vins de la vallée du Rhône. Une analyse patrimoniale de ces grands noms du vignoble.

Cédric Decoeur : Angélique de Lencquesaing, vous élaborez en ce moment même votre baromètre annuel des ventes aux enchères de vin, qui vous conduit à identifier les grandes tendances du marché. Aujourd’hui, vous avez eu envie de vous écarter un peu des deux principales régions que l’on retrouve traditionnellement et massivement dans les ventes aux enchères, en évoquant les vins de la vallée du Rhône.

A. de L. : Oui, j’évoque souvent ici les régions de Bordeaux et de la Bourgogne, qui occupent, chacune dans leur catégorie, une place prépondérante dans les ventes aux enchères. Bordeaux, la première en volume avec 41% des échanges, et la Bourgogne qui devance toutes les autres en valeur avec 38% des montants adjugés en 2021 sur la plateforme d’enchères d’iDealwine.

C. D. : Que reste-t-il pour la vallée du Rhône dans les ventes aux enchères ?

A. de L. : La vallée du Rhône représente, tant par le nombre de flacons adjugés que par les montants atteints, 12% des enchères. Soit un peu plus de 23 000 bouteilles qui ont changé de mains l’année dernière, une belle matière d’analyse.

C. D. : Cette proportion est-elle stable d’une année sur l’autre ? Car on ne peut pas en dire autant de Bordeaux ni de la Bourgogne….

A. de L. : Effectivement, la part de Bordeaux, en valeur en tout cas, a d’année en année été grignotée par toutes les autres régions, tandis que celle de la Bourgogne ne cesse de croître. Dans la vallée du Rhône, les volumes échangés ont baissé de 13%, tandis que la valeur s’appréciait de 6% Donc, à première vue, la tendance est à une forte augmentation du prix moyen de la bouteille de vin. Celle-ci est de +21%, et atteint 137€. Mais attention, cette évolution est en trompe l’œil.

C. D. : Qu’entendez-vous par là ?

A. de L. : Une poignée de vins a contribué à faire grimper le prix moyen des vins du Rhône adjugés l’année dernière. Et quand je parle d’une poignée, c’est même et surtout un seul vin qui y a contribué. Il s’agit du Château Rayas, à Châteauneuf du Pape, dont les cours ont véritablement explosé, tout particulièrement en fin d’année.

C. D. : Vous voulez parler du Châteauneuf Rayas, à Châteauneuf du Pape, ou de l’ensemble des vins produits par son propriétaire, Emmanuel Reynaud ?

A. de L. : Emmanuel Reynaud exploite effectivement des vignes dans différentes parcelles, du « simple » Côtes-du-rhône du Château des Tours au célébrissime Châteauneuf-du-pape de Château Rayas. C’est bien ce dernier qui a fait bondir les prix, en rouge tout particulièrement puisque le prix moyen adjugé d’une bouteille de ce vin est passé en un an de 668€ à 1 276€, soit une hausse qui frôle les 100% (91%).

C. D. : La part des vins de ce producteur pèse donc lourd dans l’ensemble de la région ?

A. de L. : Disons que la production de Monsieur Reynaud représente, en volume, 14% des flacons du Rhône adjugés sur iDealwine. C’est donc vraiment significatif et la hausse générale des cours de son domaine (+78%) permet à elle seule d’expliquer en grande partie l’envolée du prix moyen d’un flacon de vin du Rhône. Château Rayas, au sommet, a eu un impact déterminant la hausse du prix moyen des vins de la région, car si on retire ce seul vin de nos calculs, la moyenne passe de 137€ à… 103€. Et vous me demandiez si ce domaine pèse lourd ?

C. D. : Il est donc le seul à impacter à ce point les cours de la région ?

A. de L. : Non, vous avez également une autre étoile au nord de la vallée du Rhône, Jean-Louis Chave. Un vigneron discret, qui œuvre actuellement avec acharnement à la réhabilitation des flancs de Saint-Joseph. Il est surtout renommé pour ses hermitages, plébiscités dans le monde entier. Les résultats d’enchères ont eux aussi contribué en 2021 à faire progresser le cours moyen de la bouteille.

C. D. : Il se vend également beaucoup de vin de Jean-Louis Chave sur iDealwine ?

A. de L. : En 2021, le nombre de flacons échangés a très nettement baissé, passant de 2006 bouteilles à 798. Dans le même temps, la valeur moyenne du flacon a bondi de 67% ! Ce qui place encore le domaine Chave au deuxième rang des propriétés les plus échangées de la région. Conséquence, si on retire également les vins de ce domaine de nos moyennes, le prix moyen descend encore d’un cran, à 87€.

 C. D. : A de tels niveaux de prix, est-il encore intéressant de rechercher ces domaines ? Ou vaut-il mieux tourner le regard plutôt ailleurs ?

A. de L. : Déjà, il faut souligner un point : Emmanuel Reynaud et Jean-Louis Chave sont aujourd’hui deux signatures iconiques, les amateurs du monde entier les recherchent pour leur cave, d’où leur succès foudroyant dans les ventes aux enchères. Pour autant, effectivement, ils tendent à occulter les autres signatures de la région, qui, elles, en restant plus accessibles et sans hausse de prix aussi marquée, permettent de constituer une collection remarquable et passionnante.

C. D. : Faut-il plutôt viser le nord ou le sud de la région ?

A. de L. : Au nord, dans les appellations Hermitage, Côte-Rôtie et Cornas, les prix moyens sont plus élevés que dans le Sud, il faut donc effectuer un choix en fonction du budget que vous souhaitez consacrer à ces achats. Il y a des icônes en Côte-Rôtie, le seul nom de Guigal est connu de tous. Il y a aussi des noms plus discrets, plus confidentiels, plus abordables aussi, comme Benetière, Levet, Stephan, Gangloff… le choix est vaste !

C. D. : Et si on souhaite des prix moins élevés ?

A. de L. : Oui, il est intéressant d’aller voir du côté de Saint-Joseph et de Crozes Hermitage, je pense notamment au domaine Pierre Gonon pour le premier, et au domaine Coursodon pour le second.

C. D. : Au sud de la région, Châteauneuf est l’appellation la plus renommée… et la plus chère ?

A. de L. : Renommée oui, mais la variété de domaines et de prix est immense ! On trouve des vins passionnants dans les domaines Pierre André, les Cailloux, Clos des Papes, Beaurenard ou Saint-Préfert, sans oublier Marcoux, en biodynamie…

C. D. : Et si on recherche des vins plus abordables ?

Il est aussi intéressant de regarder dans les appellations satellites, moins sous le feu des projecteurs, telles que Vacqueyras (Roucas Toumba, La Monardière…), Gigondas (La Bouïssière).
Ne pas négliger les appellations Côtes du Rhône villages, notamment celui de Cairanne (Oratoire Saint-Martin, Richaud).

L’intérêt de ces vins est leur grande aptitude à la garde, un point déterminant quand on envisage l’achat sous un angle patrimonial. D’ailleurs, la moitié des flacons du Rhône adjugés l’année dernière avaient plus de 10 ans, c’est dire leur capacité à se conserver et se valoriser dans le temps.

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