Vieux Château Saint-André : le secret des Berrouet - Routes des vins

Vieux Château Saint-André : le secret des Berrouet

Pour les amateurs du monde entier, le nom de Berrouet est intimement lié à la légende de Petrus. Plus confidentielle est la propriété familiale de cette brillante lignée de vinificateurs, installés depuis 1979 à Montagne Saint-Émilion. Rien d’étonnant : chez les Berrouet, on aime cultiver la discrétion.

Lorsqu’on prononce le nom de Berrouet, une petite étincelle s’allume dans l’œil des amoureux du vin. On songe tout de suite à Pomerol, aux argiles bleues, à la crasse de fer, au merlot, et à la légende de Petrus, l’un des crus les plus mythiques de la planète appartenant à la famille Moueix. Jean-Claude Berrouet y a vinifié plus de quarante millésimes. Pourtant, on peut avoir composé certains des vins les plus prestigieux au monde, et demeurer un adepte de la discrétion. C’est là, indéniablement, l’autre signature Berrouet : une irréductible humilité, et une réticence à se retrouver sous le feu des projecteurs.

Voilà qui explique, sans doute, que malgré la renommée de leur patronyme, les Berrouet aient préservé comme un jardin secret leur vignoble familial de la rive droite de Bordeaux, pourtant acquis en 1979. À cette époque, cela fait une quinzaine d’années que Jean-Claude Berrouet a rejoint les établissements Jean-Pierre Moueix pour prendre la direction des vignobles et de la partie négoce. Lui, le natif d’Itxassou au Pays Basque, qui a voulu faire du vin depuis l’âge de huit ans et a décroché son diplôme d’œnologue en 1962, fait déjà parler son talent sur les terroirs majuscules de Pomerol. Mais c’est sur une petite propriété de 4,5 hectares sur le plateau de Montagne Saint-Émilion, Vieux Château Saint-André, qu’il jette son dévolu pour écrire son aventure personnelle et familiale. Au fil des ans, il agrandit la surface, rénove la maison, et surtout il transmet la passion du vin à ses deux fils. C’est le cadet, Jean-François, qui rejoint son père à la tête de la propriété en 2002. « Tombé dans le vin quand il était petit », comme son frère aîné Olivier, « Jeff » Berrouet s’est forgé sa propre expérience, entre BTS viticulture-œnologie à Montagne, passage dans le Languedoc chez Gérard Bertrand puis à Irouléguy chez Jean Brana. Il n’a que 21 ans quand il arrive à Vieux Château Saint-André, et la transition se fait en douceur avec son père.

Entre Montagne, Lalande et Saint-Émilion

En 2008, Jean-Claude Berrouet prend sa retraite – du moins de sa « première vie dans le vin ». Tandis qu’Olivier prend sa suite à Petrus, Jeff lance avec son père une activité de consultant qui va l’amener à accompagner de nombreux domaines, à Bordeaux, dans d’autres régions françaises (chez Gérard Bertrand, chez Brana, chez Michel Guérard) et à l’étranger (Espagne, Californie, Argentine, Israël…) Une activité qui permet au jeune technicien « d’élargir les perspectives et de se remettre en question, car de très bons vins, il y en a dans de nombreux pays. » Toujours en cultivant une philosophie qu’il résume ainsi : « le fil conducteur, c’est la matière première, c’est elle qui nous guide en permanence. Rentrer des raisins mûrs et sains, et surtout, chercher la typicité d’un terroir. Un vin doit raconter l’histoire de son sol et du climat sous lequel il a été bercé. Ensuite, c’est de la recherche d’équilibre, de finesse et de soyeux dans les tannins ». Voilà qui paraît simple en apparence, mais si tout le monde savait faire du « Berrouet », cela se saurait.

Continuant à développer le vignoble familial, Jeff Berrouet est désormais, depuis 2019, à la tête de 22 hectares en Montagne Saint-Émilion (divisés en deux entités, Vieux Château Saint-André et le tout nouveau Château Bonneau), 4,5 hectares en Lalande-de-Pomerol (Château Samion) et 3 hectares en Saint-Émilion (à Saint-Christophe des Bardes, sous la toute nouvelle étiquette Château Hyon la Fleur). Ce qui lui permet de jouer avec une jolie mosaïque de terroirs, allant des argilo-calcaires de Montagne aux argiles fines et aux graves de Lalande… Cette diversité s’exprime à travers la gamme, aujourd’hui composée de quatre vins – 2019 étant le premier millésime de Bonneau et de Hyon la Fleur. Renouvelant patiemment son matériel végétal mais s’appuyant sur un joli patrimoine de vieilles vignes plus que quinquagénaires, Jeff conduit son vignoble sans le moindre herbicide ou produit de traitement CMR, tendant autant que possible vers le bio sans en revendiquer, pour le moment, la conversion… Côté vinifications et élevage, on est dans la dentelle : remontages en douceur, fermentations maloctiques en cuve, assemblages précoces après « malo », élevages de 12 mois partagés entre barrique (pas plus de 20% de bois neuf) et, depuis 2020, amphores à hauteur de 10%. Une approche pragmatique et sensible qui lui permet de signer des vins de belle facture, francs et sincères, dont la clarté de style et le prix accessible devraient en faire un plaidoyer pour la réconciliation bordelaise auprès de tous ceux qui se sont détournés des vins girondins. Aficionado de rugby, amoureux de l’Espagne et passionné de vin, Jeff Berrouet produit des vins qui lui ressemblent, et qui perpétuent fièrement le nom de sa famille. Sans esbroufe mais avec cœur, ils s’invitent naturellement dans notre vinothèque personnelle.

« Terre de Vins » aime :
Château Bonneau 2019 – Montagne Saint-Émilion : premier millésime de cette propriété reprise par Jeff Berrouet en 2019, située sur un terroir plus argileux que Vieux Château Saint-André. On parlera volontiers de « buvabilité » pour caractériser ce vin franc et souple, aux tannins fondus et au fruit suave, signé par une jolie sucrosité et une certaine gourmandise. 12,50 €.
Vieux Château Saint-André 2019 – Montagne Saint-Émilion : l’étiquette « historique » de la famille Berrouet, née sur un beau terroir argilo-calcaire. On devine un côté racé dès le premier nez, élégant et profond. Densité, touche florale, mais surtout de l’énergie, une trame tannique ciselée qui soutient une matière charnue et juteuse. Un vin très tactile et séveux, avec du fond et un beau potentiel de garde, comme en atteste la dégustation de millésimes plus évolués. 16 €.
Château Hyon la Fleur 2019 – Saint-Émilion : également le premier millésime de Jeff Berrouet sur ce terroir de Saint-Christophe des Bardes. Le merlot s’exprime ici dans la verticalité, sur un registre d’un abord presque strict, tendu, traçant, mais avec beaucoup de finesse et de séduction dans la texture. Un vin « propulsif » à suivre de près. 32 €.
Château Samion 2019 – Lalande de Pomerol : pulpeux, délié, digeste, ce 100% merlot se déploie sur un profil très caressant, porté par des tannins fins et un fruit sapide, d’une jolie gourmandise. 18 €.

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