Alain Blachon n’en finit pas d’innover. Après avoir imaginé et conçu le parcours « Entre vignes et lumières », mêlant nouvelles technologies et légendes, et une application participative, « MyViny », il inaugurera en mai sa nouvelle cave au domaine de la Bouvaude, à Rousset-les-Vignes. Un espace de vinification au concept œnotouristique innovant : le spectacle est désormais dans la cave.
Le projet a abouti. Le bâtiment est sorti de terre, les cuves sont installées, la terrasse et le caveau sont prêts à accueillir les amateurs, et les barriques vont migrer vers les chais enterrés. Adossée à la colline boisée du petit village drômois de Rousset-les-Vignes, la cave de la Bouvaude joue la simplicité. Pas de munificence, hormis peut-être la grande baie vitrée qui fait honneur au paysage environnant. À l’intérieur, l’architecture de style Eiffel reste sobre et paradoxalement contemporaine. Les 17 cuves en béton alignées et connectées attendent les prochaines vendanges parcellaires. Petite originalité : des vidéoprojecteurs sont dissimulés à leur sommet !
Avant de devenir vigneron et de dessiner les plans de sa cave, Alain Blachon est géologue. Soutenue à Grenoble, sa thèse de doctorat portait sur la volcanologie, les sciences des matières minérales et énergétiques et la pétrologie. Peu enclin à devenir professeur d’université, il reprend des études d’informatique. Master en poche, il travaille pour la société Hewlett-Packard et différentes start-up. En 1992, il brevette le premier système d’audioguide NFC (Near-field communication, plus communément appelé « sans contact ») pour les musées. Sa société développe également différentes applications pour la gestion de sites Internet et la création de contenu, aussi bien pour des monuments historiques que pour des usines. L’inventeur aime surtout raconter des histoires.
La mise en pratique sur son domaine, acquis en 2020, se fait en pleine période de Covid. Il faut faire venir la clientèle dans ce minuscule village où, certes, ses vins sont très bons, mais encore méconnus. Le vigneron imagine alors un parcours dans ses vignes. L’histoire est toute trouvée : le travail de la terre, la transmission, le paysage riche de curiosités géologiques (telles ces curieuses plages du miocène) composent un scénario qu’il met en vidéos, en sons et en lumières, grâce à cette technologie qu’il maîtrise si bien. Depuis, 25 000 personnes ont découvert ce spectacle à ciel ouvert.
Alain Blachon voit encore plus loin. En 2024, il développe MyViny, une plateforme ludique, pédagogique et collaborative qui vous met dans la peau d’un vigneron. Du choix de la parcelle et du cépage jusqu’aux traitements, de la vinification aux assemblages, toutes les étapes sont personnalisables. Pour chaque parcelle, les joueurs intègrent une guilde, puis collaborent et décident ensemble via un forum. Des capteurs connectés à la vigne (station météo, webcams) et dans la cave aident à la prise de décision. Le chef de culture et l’œnologue Julie Gravelet sont aussi associés : ils postent photos et vidéos, et donnent des conseils en ligne. Dans ce challenge, il faut faire le meilleur vin avec le plus petit bilan carbone possible. Le résultat final est validé par un jury d’œnologues qui prend en compte les différents paramètres. Le concept a déjà réuni plus de 70 participants, principalement américains.
Outre sa fonction première, la nouvelle cave devient un espace de projection. Les cuves et les murs font office d’écrans. Muni d’un audioguide, le visiteur va découvrir les différents étages où des projections audio et vidéo raconteront, là encore, une histoire : celle des travaux saisonniers, de la vinification et de l’élevage. Escaliers et passerelles ont été conçus pour le public, faisant du chai une scène où l’image est en interaction avec le spectateur. La cave devient le point de départ d’« Entre vignes et lumières ». La magie va opérer !
Accroché au massif de la Lance, le village est le plus septentrional des Côtes du Rhône méridionales. C’est également l’AOC la plus confidentielle de tous les villages communaux car, sur les 300 hectares de l’aire, seuls 20 sont en production. La Bouvaude en compte 17 à elle seule.
Cet assemblage de 60 % viognier, 20 % roussanne et 20 % marsanne voit son viognier fermenté et élevé 6 mois en fût. On y trouve la finesse et l’élégance des fruits jaunes dans une brassée de fleurs des champs, de miel d’acacia et de fins agrumes. Un gras tient la corde face à une vivacité zestée et citronnée, tandis que la bouche oscille entre velouté, minéralité et salinité en rétro-olfaction. Saisissant !
Le grenache, la syrah et le carignan donnent ici le ton des baies noires et des épices douces. Le vin offre de la gourmandise et des tanins fins qui s’ouvrent sur une finale saillante. L’élevage en fût est parfaitement maîtrisé.
Issu de vieilles vignes sur une dominante syrah, ce vin bénéficie d’une longue macération, de pigeages et d’un élevage en fûts de 228 et 500 l (dont un tiers de bois neuf). On y découvre la profondeur et la complexité des fruits mûrs, où surnage le cassis, soulignés d’un trait de réglisse. La bouche est bien enrobée et épicée, avec un toucher légèrement rugueux qui n’oblitère nullement sa touche sanguine. À garder.

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