L’AOC Châteauneuf-du-pape a 90 ans et toute une histoire à raconter

L’année 1936 figure parmi les belles promos de l’INAO. Nombreuses sont donc les appellations à fêter leurs 90 ans cette année, parmi elles : Arbois, Cassis, Cognac, Monbazillac, Tavel et…Châteauneuf-du-pape. L’occasion de revenir sur les origines de cette dernière et l’engagement d’un chateauneuvois d’adoption, le Baron Le Roy de Boiseaumarié qui œuvra non seulement pour la reconnaissance de son appellation de cœur mais pour que, plus généralement, les appellations soient synonymes de qualité.

Avant les AOC du siècle dernier, l’histoire des vins de Châteauneuf commence il y a 700 ans. Avignon devenait résidence des cardinaux parce que le Pape Clément V refuse de siéger au Vatican. Son successeur, Jean XXII, seigneur de Châteauneuf, fait construire un château au sommet du village qui deviendra ville sous l’égide de la papauté. Autour, la vigne y prospère, le vin y est fameux, il acquière donc sa réputation. Mais pas encore son nom. Il faut attendre le 3 avril 1893, pour associer à jamais sa renommée à celle de ses vins et que le village prenne officiellement le nom de Châteauneuf-du-Pape. Quelques décennies encore pour que l’AOC vienne couronner ces efforts séculaires.

Bénédiction contrôlée

Les 90 ans de l’AOC Châteauneuf-du-pape et de ses contemporaines résonnent d’autant plus qu’ils correspondent à la création de cette classification. À l’œuvre, un homme, le Baron Le Roy de Boiseaumarié, une des illustres figures du monde viticole français. L’héraultais arrive en 1919 à Châteauneuf-du-pape, pour épouser Edmée Bernard Le Saint, fille du propriétaire du Château Fortia. Pierre Gabriel Vincent Ernest Le Roy de Boiseaumarié, dit le baron Le Roy, va mener de nombreuses batailles avec les tribunaux pour obtenir la reconnaissance de la première Appellation d’Origine Contrôlée de France, en 1936. Déjà en 1907, le fils de militaire devenu vigneron, battait le pavé de Montpellier pour réclamer la fin de l’importation des vins (notamment algériens) et la réglementation de la filière. Ces revendications portaient en germe l’idée même de la protection de l’origine des vins.  Sa formation juridique et son nouveau statut de vigneron contribuèrent à en faire du baron le Roy l’homme de la situation. Il est à l’origine de la création du syndicat des vignerons de Châteauneuf-du-pape en 1924 et du syndicat des Côtes-du-Rhône en 1929, comme de la première délimitation de l’AOC en 1933. Il fonde l’INAO la même année, avec Joseph Capus, ancien ministre de l’agriculture, dont il prendra la présidence de 1947 à 1967.

Une appellation toujours d’actualité

Aujourd’hui, sur les 3150 hectares du plus vaste cru des Côtes-du-Rhône, ils sont 300 déclarants. Autant de personnalités, d’hommes et de femmes dépositaires d’un patrimoine à la renommée internationale. L’une d’elles, Hélène Chouvet-Coton, vigneronne au domaine Fontavin à Courthézon, témoigne de cette évolution : « 90 ans, c’est un âge mûr. C’est impressionnant parce qu’il y a eu beaucoup de chemin parcouru par quelques individus visionnaires et passionnés. Je suis convaincue que l’appellation a su s’adapter au travers de chacun de ses vignerons, de la culture de la vigne, de la qualité de ses vins, dans la continuité mais aussi avec l’évolution des goûts. Lorsque j’ai commencé à vinifier, j’ai apporté plus de légèreté. Aujourd’hui, chaque vigneron a son interprétation de l’appellation en fonction des terroirs, des choix d’élevages, de sa sensibilité. Que l’appellation devienne plurielle cela la nourrit et, j’espère, contente un maximum de consommateurs. »

portrait femme bouteilles vin rouge chateauneuf du pape Hélène Chouvet Coton

Références littéraires & historiques
Châteauneuf-du-pape. Mémoire d’un village Jean- Claude Portes – Barthélémy
Châteauneuf-du-pape. La quatrième dimension – Jean-Charles Chapuzet – Glénat


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