La cigale et la Biodynamie à Montirius

Christine et Eric Saurel sont les gardiens d’une terre dont l’histoire s’est écrite il y a bien longtemps. À Sarrians, dans le Vaucluse, Montirius s’est fait un nom et s’est imposé comme une référence liée à la biodynamie. La notion de terroir est imbriquée dans ce mode cultural où les vins sont le prolongement du raisin

La première cigale qui chante dans l’arbre devant la maison est un repère. Deux mois et quinze jours plus tard, les vendanges débuteront. Depuis 2010, le calendrier maison l’atteste, la nature est un métronome qui donne le pouls du domaine Montirius. La famille Saurel est autant à l’écoute du règne animal que du végétal. Cela a débuté il y a trente ans. Dans cette famille de paysans cultivateurs, Éric et sa femme Christine prennent la relève à la fin des années 1980. Le domaine est vaste, entre Vacqueyras et Gigondas, il fait vivre une communauté de 12 personnes. Des terriens qui, à chaque génération, passent le flambeau à un gardien.

Éric et Christine, qui en deviennent dépositaires, vont tout révolutionner au fil d’une prise de conscience que l’on pourrait qualifier d’holistique. Une révolution douce qui débute par le souhait de se soigner par l’homéopathie, de se nourrir sainement, à la naissance de leur fille Justine. « Tout explose sur ce que l’on nous a appris. Il n’y a pas une vérité, mais plusieurs. On va les appliquer, ça marche. On ne sait pas que l’agriculture biologique existe mais on peut faire autrement. Nous sommes très pragmatiques », explique Christine Saurel. 

« Shooter » de sève 

Fin des années 1990, le couple découvre la biodynamie et la met en pratique avec le conseiller François Boucher. C’est un cheminement, un changement de paradigme, une conviction, « la réappropriation de notre métier. La biodynamie est une étape d’ouverture vers ce qu’on n’avait pas encore compris mais qui était notre chemin. » Sûrs de leur bon sens, de leurs pratiques et avec la bénédiction de la famille, ils quittent la coopérative et créent leur cave.

Le premier millésime 2022 sera le début d’une réflexion au postulat simple : « Comment révéler ce qu’on voit, ce qu’on pressent dans nos raisins ? Éric et Justine sont dans la vigne et ils font le vin. Ils y passent toute l’année, comme enracinés. C’est une force énorme, une évidence. Au moment des pleurs, on met des bouteilles sur les sarments et tous les matins, on a notre “shooter” de sève. Vous commencez alors à vous imprégner de votre millésime. Nous sommes un élément du terroir. Les vins parlent, racontent », atteste Christine. Dans la cave, le choix est radical, pas de fût, de foudre, ni autres contenants pouvant dénaturer le raisin. À l’époque des vins boisés, « parkérisés », les premières cuvées signées Montirius interpellent la clientèle. 

©Criscuolo

Un vin qui raconte son lieu 

Grenache, syrah, mourvèdre, bourboulenc, grenache blanc, roussanne étaient en place et le sont encore. « On ne change pas car on n’a pas encore tout compris avec ce que l’on a. On a encore des gestes agronomiques à comprendre, pour transmettre un message agricole. On va complanter, on a découvert aussi le marcottage », poursuit la vigneronne. Entre Vacqueyras et Gigondas, la plus petite parcelle fait un hectare, la plus grande dix. Elles s’égrènent du plateau des garrigues jusqu’aux Dentelles de Montmirail. Elles ont des expositions différentes, sont entourées de forêts ou situées autour du village. Âgées de 75 à 100 ans, elles composent des îlots qui ont de belles identités, installées sur des argiles bleues et des safres, qui racontent leur histoire. Par exemple, la parcelle Le Clos, 18 hectares d’un seul tenant, dont 8 de vignes ceintes d’arbres centenaires.

« L’OVNI de Vacqueyras. Par le passé, il n’y avait pas de vignes mais des plantations d’haricots verts et de melons. Ici les raisins ne goûtent pas comme ailleurs. Les analyses de Claude Bourguignon distinguent des argiles bleues et des montmorillonites (du village de Mormoiron) affleurantes. Les légumes étaient délicieux parait-il ! »

Les vins sont donc dessinés par zone géographique, par appellation, par terroir et par ce fameux goût des raisin. Le Clos, mais également une parcelle 100 % grenache, sont vinifiés à part. Les trois îlots de blancs sont assemblés. L’assemblage est un long processus, qui impose à la famille Saurel de déguster les vins toutes les trois semaines pour définir le temps de la mise en bouteille. Il faut surtout « retrouver cette sève, qu’est-ce que mon raisin peut nous donner ? Chaque parcelle est différente, elles racontent chacune quelque chose. Le fondamental est toujours le même, avec des nuances. » La connaissance, ou faut-il dire la sensibilité acquise, elles sont assez nombreuses pour se décliner en 15 cuvées, entre crus,  Côtes du Rhône et IGP. L’aventure se prolonge désormais avec les enfants Justine, Manon et Marius. Ceux qui font et feront Montirius. 

TERRE DE VINS AIME  – Le Clos 2012 AOC VACQUEYRAS ROUGE

Grenache et syrah, à parité.  Surprenant de jeunesse et de droiture dans sa robe carmin, son registre floral s’ouvre sur la pivoine et le géranium, avec des baies noires sauvages. La bouche éclatante de fraîcheur s’enrobe de sous-bois, de chocolat amer et de notes fumée


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