À Vincelles, chez Champagne H. Blin, les irréductibles du meunier

Dans la Vallée de la Marne, à Vincelles, certains vignerons semblent tout droit sortis d’un album d’Astérix : têtus, passionnés, et farouchement attachés à leur cépage de prédilection, le meunier. Daniel Falala, directeur général de la maison Champagne H. Blin en fait partie et perpétue cette singularité.

Vous êtes à la tête de la Maison H. Blin depuis plus de douze ans et avez consacré toute votre carrière au champagne et au monde vigneron. En regardant le chemin parcouru, que diriez-vous ?

J’ai exercé trois activités dans ma vie. Celle de créateur d’entreprise en marketing et communication dans le domaine du vin et du champagne, pendant vingt ans. Puis j’ai travaillé chez Goyard sept ans. Je suis entrée chez H. Blin en janvier 2014. Dès mon arrivée, j’ai voulu mettre l’accent sur ce qui était différenciant dans une coopérative : nous avons développé notre ADN et nos spécificités. Aujourd’hui, nous sommes reconnus pour ce caractère singulier et notre pertinence.

La coopérative H. Blin a une histoire particulière. Pouvez-vous nous en dire plus sur ses origines et son fonctionnement aujourd’hui ? Qu’est-ce qui la distingue des autres maisons de Champagne ?

Nous sommes aux confins de la région, limitrophes de l’Aisne, au cœur d’un terroir plus humide et plus frais que la Montagne de Reims, où le meunier se déploie depuis des générations. La coopérative a été fondée en 1947 par vingt-neuf propriétaires vignerons, parmi lesquels de nombreuses femmes, ce qui était rare à l’époque. Elle s’est construite dans un esprit profondément collectif et vigneron. Aujourd’hui, 98 % de nos approvisionnements sont toujours fortement ancrés dans ce terroir d’origine et se situent dans un rayon de cinq kilomètres autour de Vincelles. Autre particularité de notre vignoble : il est réparti selon une moyenne d’un hectare par vigneron, ce qui rend possible un travail parcellaire précis et une attention particulière portée à la viticulture durable et au bio. Nos adhérents sont des jardiniers !

Le meunier est donc au cœur de votre identité. Comment se traduit-il dans vos vins ?

Le meunier a longtemps été considéré comme le vilain petit canard de la Champagne. C’est aujourd’hui un cépage qui retrouve ses lettres de noblesse et nous en faisons notre stratégie. Il est résistant au froid et à l’humidité, il mûrit plus tardivement. En bouche il est expressif et généreux, il apporte tout de suite du fruit, tout en conservant une belle fraîcheur, du croquant. Ce qui est intéressant, c’est cet équilibre entre générosité et fraîcheur. On a des vins qui sont à la fois faciles à aimer, accessibles, mais qui gardent une vraie tension et une belle énergie. Dans cette partie de la Vallée de la Marne, le meunier est vraiment au top. Il y a une expression qui dit que les meuniers de Vincelles chardonnisent !

vue de vignes champagne h blin
Vue des vignes depuis le pressoir

Vous poussez également loin la recherche d’identité à travers vos méthodes de vinification.

Nous allons loin et nous sommes même les seuls en Champagne à avoir développé un côté « locavore » total : une partie des vins est élevée depuis l’an dernier dans une micro-cuverie en fûts de chêne réalisés avec des arbres prélevés dans la forêt de Vincelles, sur des propriétés appartenant à nos vignerons. Les fûts ont été confectionnés par la Tonnellerie de Champagne. Et nos raisins proviennent de villages situés exclusivement autour de Vincelles. Ce choix d’une micro-cuverie en fûts de chêne est assez rare. L’idée est d’apporter au vin profondeur et texture, un côté boisé, tout en respectant la pureté du fruit. Les premières cuvées issues de cette micro-cuverie sortiront d’ici deux à trois ans. Nous travaillons également en parcellaire. Cela correspond à notre ADN, à notre engagement RSE, notre philosophie respectueuse de l’environnement, du terroir et profondément humaniste.  Sur un autre aspect, en matière de vinification, nous avons assez tôt fait le choix de bloquer la fermentation malolactique, en plus d’un dosage réduit, afin de conserver la fraîcheur. Et pour ces raisons, le travail en amont dans les vignes est très important, pour obtenir une très grande qualité de fruit. Ce serait impossible si les apports n’étaient ne seraient-ce que de qualité moyenne.

Trois cuvées seront présentées lors de Champagne Tasting : le Brut millésime 2018, la cuvée parcellaire « 100 % meunier » 2016, blanc de noirs, extra-brut et la cuvée Brut Rosé. Quelle est selon vous la plus emblématique de la maison ?

La cuvée 100 % meunier 2016, extra-brut. C’est notre cuvée identitaire par excellence. Elle est issue d’une sélection de vieilles vignes cultivées sur des parcelles situées à Vincelles et a bénéficié de neuf ans de vieillissement. C’est l’âme du terroir de Vincelles. Au nez, il exprime les fruits blancs puis va sur des notes plus briochées. Il est droit, iodé, mais avec un caractère complexe. C’est un champagne vraiment abouti et doté belle fraîcheur.

Un accord mets-vin et musique qui sort de l’ordinaire, pour accompagner cette cuvée ?

Sans hésiter, je dégusterai ce 100 % meunier 2016 extra-brut lors d’une journée à la mer, sur les rochers d’une petite crique bretonne, par exemple. En l’accompagnant de saveurs iodées, comme une crème d’oursins, parce que c’est la saison ! Et cuits au barbecue, dégustés à même la coque. Là, on va vers un mélange de fraîcheur explosif, iodé. Et pour compléter l’expérience, la belle énergie du morceau de Calvin Harris, « Summer ».


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