Dans un contexte de tensions pour la filière viticole et l’agriculture dans son ensemble, les organisations représentatives girondines et les syndicats agricoles locaux unissent leurs voix dans un communiqué en date du 14 janvier, “l’Appel de Bordeaux”. Pour eux, le gouvernement et les parlementaires doivent se saisir en urgence du sujet de la crise viticole. Bernard Farges, président du CIVB et Jean-Samuel Eynard, président de la Chambre d’Agriculture de la Gironde, nous éclairent sur les enjeux.
« Cet Appel de Bordeaux, c’est le fruit d’un partage autour d’une réunion que l’on a voulue la plus large possible avec les syndicats agricoles, évidemment très mobilisés sur les manifestations depuis maintenant quelques semaines. Il semblait important que l’on puisse se parler, pour partager ce que nous faisions respectivement et nous coordonner pour porter nos revendications communes d’une seule voix claire », explique Bernard Farges, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), l’un des cosignataires de cet Appel. Lancé à l’unisson par le CIVB, le Collectif Viti 33, la Confédération Paysanne, la Coordination Rurale, la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA), les Jeunes Agriculteurs (JA), la Fédération des Négociants de Bordeaux et Libourne, la Fédération des Grands Vins et la Chambre d’agriculture, « L’Appel de Bordeaux » enjoint solennellement les instances étatiques à agir au plus vite, pour faire aboutir cinq mesures estimées nécessaires au soutien d’une filière viticole en souffrance.
« Quand les enjeux dépendent d’un contexte budgétaire européen , on peut comprendre qu’il y a des lenteurs, même si c’est pénible et difficile à entendre, concède Bernard Farges. En revanche, quand ce sont juste des décisions purement politiques et techniques, c’est incompréhensible, et c’est ce qui nourrit la colère, la grogne, au-delà du contexte économique, évidemment, très dur pour notre filière viticole et la filière agricole dans son ensemble. »
Parmi les demandes formulées dans l’Appel, est en premier lieu sollicité « le vote du budget pour une mise en œuvre rapide et effective des mesures d’aides à la viticulture annoncées par le gouvernement. » Par cet appel, « nous nous adressons très clairement à nos députés en les invitant à ne pas avoir un double discours. Nous voulons de la cohérence dans les actions. Ce n’est pas possible d’avoir des parlementaires qui viennent sur les ronds-points et les manifestations nous taper dans le dos, et en même temps, une absence de mise en place de soutiens par l’État », s’insurge-t-il.
L’appel de Bordeaux réclame aussi des « évolutions nécessaires dans la loi Egalim afin de protéger, enfin, le revenu des viticulteurs et des négociants, notamment dans le cadre de contrats de filière équilibrés ». Un sujet qui « peut aller assez vite », selon le président du CIVB, puisqu’il « s’agit juste de l’inscrire à l’agenda de l’Assemblée nationale. »
Est également attendue « la signature du décret rendant possible les Organisations de Producteurs en viticulture, en veillant néanmoins à ne pas flécher les aides européennes exclusivement vers elles. » Par une mutualisation des moyens, ces groupements d’agriculteurs du même secteur visent à rééquilibrer les relations commerciales avec les acteurs économiques de l’aval de la filière. « Nous demandons que ce décret, qui flotte depuis 2013, soit enfin pris, pour que des régions qui voudraient mettre en place des organisations producteurs le puissent, explique Bernard Farges. C’est à la ministre de décider de prendre un décret ou pas, ça ne coûte rien. Elle le signe ou pas. On en a assez des décisions qui sont sans cesse repoussées. » Et Jean-Samuel Eynard, président de la Chambre d’Agriculture de la Gironde de compléter le propos : « il faut qu’on ait des décrets d’application pour pouvoir voir le plus rapidement possible si c’est une opportunité réelle pour les très nombreux viticulteurs bordelais qui sont entrés en détresse économique et psychologique », insiste-t-il.
Est aussi demandé le fait de « revenir sur les retraits d’homologation de 2025 des produits de protection de la vigne à base de cuivre. » Sur ce sujet du cuivre, la grogne est nette. « On nous demande de produire plus propre, et c’est également une volonté des vignerons et en même temps, on nous enlève le seul produit envisageable, s’insurge Bernard Farges. Cet élément-là, c’est réellement ce qui suscite l’incompréhension du monde agricole et la colère qui va avec ! » Déjà, lorsque la mesure a été annoncée, « il y a quatre mois, la Chambre d’Agriculture avait rédigé une note très technique pour pointer tout ce qui n’allait pas, rappelle le président de la Chambre d’Agriculture de la Gironde. On l’a faite valider par l’essentiel des départements de Nouvelle-Aquitaine, puis envoyer au préfet de région pour qu’il fasse remonter à Paris, mais ils n’en ont rien à faire. C’est pitoyable d’avoir pris une décision qui condamne des viticulteurs bio ou non bio à basculer dans la délinquance et ne pas respecter la réglementation, ou à perdre leurs récoltes et disparaître. Et aujourd’hui, l’État sur ce sujet est aux abonnés absents. »
Enfin, est réclamée « la dotation de la filière viticole française d’un fonds suffisant pour une distillation capable d’assainir les marchés saturés. » « Tout comme l’arrachage, la distillation fait partie des impératifs malheureux, constate Jean-Samuel Eynard. Sur les un peu plus de 3 millions d’hectolitres que l’on commercialise, autour d’un million sort des exploitations en dessous des coûts de production, ce n’est pas viable à moyen terme », rappelle-t-il. Sur ce besoin de distillation en France, « on attend la réponse de l’Europe, ce n’est pas nouveau », précise Bernard Farges.
Et de conclure : « pour sauver un maximum de vignerons, il faut que les réponses arrivent le plus vite possible. » Les organisations cosignataires soulignent donc l’urgence à mettre en œuvre ces demandes, « dont plusieurs ne nécessitent aucun coût supplémentaire pour le budget de l’Etat. Et rappellent que plusieurs de ces mesures ont déjà été annoncées, mais restent suspendues ou retardées ».

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