Fragilisé mais toujours debout, le Festival International du Film Politique de Carcassonne continue de faire vivre le débat bien au-delà des salles obscures. À ses côtés, des acteurs du monde du vin défendent une même conviction : la culture, comme la vigne, engage une responsabilité citoyenne.
La projection de Grand Ciel agit comme une secousse sourde. Le film d’Akihiro Hata ausculte le monde du travail, la pression économique et ces fondations invisibles qui, à force de tensions, finissent par se fissurer. En sortant de la salle, Carcassonne impose une autre temporalité. Celle des remparts, de la pierre patiemment assemblée, du temps long. Plus tard, autour d’un dîner à La Barbacane, les vins de Calmel & Joseph accompagnent les discussions. À Carcassonne, le cinéma politique ne s’arrête pas au générique : il circule, se prolonge, se partage.
Créé en 2018 par l’association CinéBastide, le Festival International du Film Politique de Carcassonne s’est imposé comme un espace rare dans le paysage culturel français. Indépendant et non partisan, il revendique la nuance et la complexité, donnant à voir des films qui interrogent le travail, les conflits contemporains, les fractures sociales et géopolitiques. Un projet exigeant, nourri par la présence de cinéastes, de chercheurs et de journalistes, mais aussi par un important travail d’éducation à l’image auprès des scolaires.
La huitième édition a rappelé la fragilité structurelle d’un tel événement. L’interruption brutale du festival, dans la nuit du samedi au dimanche en raison des conditions météorologiques, a laissé l’équipe face à une situation encore plus précaire. Pour autant, pas question de refermer la parenthèse. L’association CinéBastide a choisi de prolonger l’aventure : information du public sur les possibilités de voir les films sélectionnés, sollicitation des distributeurs pour organiser des avant-premières à Carcassonne, et ouverture renforcée de La Boîte, nouveau lieu dédié aux courts-métrages, pensé comme un espace culturel vivant à l’année.
Dans ce contexte tendu, le soutien du monde viticole prend une dimension particulière. Le Domaine de la Sapinière, en agriculture biologique, installé face à la cité médiévale, s’engage comme mécène du festival. « Être mécène, c’est avant tout soutenir un projet culturel courageux et indépendant, explique la vigneronne Ariane Parayre. Ce festival s’engage chaque jour pour faire vivre des valeurs essentielles : écologie, jeunesse, égalité, culture et citoyenneté. Les films présentés offrent un regard libre et sans concession sur les conflits et les enjeux de notre temps. C’est une véritable fierté pour nous de défendre, à travers ce projet, les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. »
À ses côtés, Calmel & Joseph apporte une voix concordante, celle d’un acteur viticole structurant du Languedoc-Roussillon, présent en France comme à l’international. Partenaire du festival depuis sa deuxième édition, la maison revendique une implication qui dépasse le cadre événementiel. « Véhiculer une image de marque, ce n’est pas seulement vendre du vin, c’est vivre autour du vin », souligne sa directrice générale Heidi van den Akker.
Les deux approches se rejoignent sur un constat partagé : la crise actuelle de la consommation agit comme un révélateur. « Le vin n’est plus un produit de consommation courante, observe Ariane Parayre. Aujourd’hui, boire du vin est un choix conscient : on consomme moins, mais mieux. » Dans ce contexte, le vin retrouve une dimension culturelle forte. « Il devient un acte porteur de sens. Le vin ne se limite pas à ce qu’il y a dans le verre : il raconte une histoire, un territoire, des choix et une éthique. »
Un regard que partage Calmel & Joseph à une autre échelle. Présente sur de nombreux marchés étrangers, la maison observe combien cette quête de sens devient centrale. « Le consommateur doit pouvoir adhérer aux valeurs, à la vision et à l’engagement de ceux qui produisent le vin, souligne Heidi van den Akker. C’est ce lien de confiance qui permet d’accompagner les mutations du marché sans renoncer à une identité forte. »
Engagée dans de nombreux projets culturels et sociétaux – soutien à l’Association Extraordinaire, partenariat avec le festival de musique électro engagée Convenanza, implication durable auprès du Festival International du Film Politique – Calmel & Joseph revendique une lecture élargie de son rôle. « Notre métier nous amène à travailler avec des pays aux contextes économiques et géopolitiques très différents. Cela nous oblige à nous remettre en question en permanence », explique Heidi van den Akker. Dans cet environnement instable, le vin devient aussi « une forme de diplomatie culturelle », reflet d’une vision du monde et de valeurs assumées.
À Carcassonne, le dialogue entre un petit domaine engagé et un acteur viticole structurant raconte ainsi bien plus qu’un simple partenariat. Il dit la capacité du vin à dépasser son statut de produit pour redevenir un langage. Comme le cinéma politique, il questionne, relie et oblige à regarder le réel en face. Pour Ariane Parayre, cette responsabilité ne se théorise pas : elle se vit au quotidien. « Faire du vin, c’est cultiver son jardin, en acceptant à la fois la beauté et l’âpreté de sa vérité, confie-t-elle. Chaque jour, nous nous confrontons au réel, sans artifice ni détour. » Une manière de rappeler que, face aux crises comme face aux mutations du monde, le vin – à l’image du cinéma – reste avant tout un acte conscient, engagé et profondément humain.

Cet article Carcassonne, terre de cinéma politique et de vin engagé est apparu en premier sur Terre de Vins.