Champagne Gardet d’un jardin à l’autre

Tous les chemins mènent au vin, mais celui de Christophe Prieux, issu d’une famille d’horticulteurs cofondatrice de Jardiland, est pour le moins original. Aujourd’hui président de Champagne Gardet, il revient sur son parcours et la renaissance de cette belle endormie, sise sur la face nord de la Montagne à Chigny-les-Roses qui a fêté en 2025 les 130 ans de la maison. Comment cette histoire a-t-elle débuté ? Retour sur cette aventure avant d’aller les (re)découvrir lors de Champagne Tasting.

À la fin du XIXe siècle, Charles Gardet travaillait comme responsable de culture pour la famille Philipponnat. Il a voulu voler de ses propres ailes en créant sa maison, qu’il a installée à Épernay, juste à côté de Pol Roger. Il est arrivé sur le marché au beau milieu de la Belle Époque, alors que le champagne coulait à flots. En 1896, il expédiait 80 596 bouteilles et, en 1906, plus d’un million, alors que la Champagne en totalisait seulement 33 ! À sa mort, son fils Georges était trop jeune pour reprendre les commandes et sa veuve a préféré vendre à la maison Mercier. Georges a cependant relancé la marque dans les années 1920, mais cette fois à Chigny-les-Roses, où il a acheté cette demeure et ces caves où nous sommes encore installés. La famille réussira à remonter les ventes et à atteindre à nouveau 1 400 000 bouteilles au début des années 1990. Elle sera alors frappée par la crise de la guerre du Golfe, les ventes retomberont à 400 000 cols, ce qui la poussera à vendre à un industriel.

Vous-mêmes avez racheté en 2007. Votre parcours initial était pourtant assez éloigné du champagne…

Il y a un fil conducteur. Nous sommes une famille issue de la terre. Mon père était pépiniériste, il a fondé avec deux associés la franchise Jardiland. J’ai moi-même créé 14 magasins dans le quart nord-est de la France. En tant que Champenois, on ne se pose pas longtemps la question, lorsque l’on est déjà dans une activité horticole, de savoir quelle est l’étape suivante : le champagne est une évidence ! C’est ce parcours qui m’a conduit aussi à toujours vouloir maîtriser l’élaboration et ne pas simplement travailler une marque. J’ai commencé par la reprise de Ployez-Jacquemart, une maison qui produit 80 000 bouteilles par an, avec une méthode de vinification très artisanale, très peu interventionniste, si bien qu’on ne peut augmenter le volume sans changer le process. La seule solution de croissance était donc de racheter une autre maison. Beaucoup de groupes champenois étaient intéressés par le rachat de Gardet, mais en réalité plutôt pour les stocks et les approvisionnements que pour la marque. C’est notre volonté de faire perdurer le nom, de poursuivre l’histoire qui a convaincu le propriétaire, car il y avait à l’époque une belle équipe et notamment un chef de caves qui avait quarante ans de maison. Entre notre métier d’horticulteur initial, le choix de Chigny-les-Roses – rebaptisée ainsi à la mort de Mme Pommery parce qu’elle y avait planté des roses partout – et le rachat de Gardet avec son splendide jardin d’hiver, comment ne pas voir une série de clins d’œil du destin ?

Quels ont été les leviers de la relance de la maison ?

Nous avons redécollé grâce à un marché avec une compagnie aérienne très confidentielle, Crossair, filiale de Swiss Air. Cela nous a permis de refaire des volumes, d’aller rechercher des approvisionnements. Nous sommes ainsi remontés à 1 300 000 bouteilles quand les rendements d’appellation fixés par l’interprofession étaient élevés ; aujourd’hui, ils sont redescendus et notre production avec, pour atteindre 800 000 cols, car nous nous refusons à acheter des bouteilles sur lattes. En 2007, nous avons recruté Stéphanie Sucheyre, une œnologue qui travaillait chez Veuve Clicquot. Pendant deux ans, elle a fait la passation avec l’ancien chef de caves. Le magazine « Drink Business » l’a listée depuis l’année dernière dans le top 100 des meilleurs wine- makers, alors qu’il ne comprend que six chefs de caves champenois. C’est cette qualité qui a permis de nous asseoir davantage à l’export, et en particulier en Angleterre, où Gardet occupait déjà une certaine place historique. Aujourd’hui, nous sommes fournisseurs officiels de la Chambre des communes et de la Chambre des Lords et de tous les clubs militaires situés autour de Buckingham. Le marché américain est plutôt réservé à Jacquemart, pour lequel il représente 30 % des expéditions.

Comment définiriez-vous le style Gardet ?

Nous avons un style « Montagne de Reims », les partenariats vignerons originels de la maison sont centrés sur Chigny, Ludes et Rilly-la-Montagne, avec une représentation importante du pinot noir et du meunier. Notre directeur général, Olivier Legendre, est originaire d’Hautvillers, sur l’autre versant de la Montagne, si bien que notre blanc de noirs est un monocru de ce village mythique, alliant pinot noir et meunier. Cela ne nous a pas empêchés récemment de développer un blanc de blancs, mais avec une interprétation très personnelle : nous partons d’un vin plutôt jeune, qui a 3 ans, qui ne constitue que 30 % de la cuvée, pour ajouter 70 % de vin de réserve issu d’une solera lancée en 2012. Dans notre ADN, il y a aussi le vieillissement en foudres des vins de réserve, nous l’utilisons notamment pour notre cuvée Brut Réserve, que l’on surnomme « à l’anglaise », parce que les Britanniques sont friands de cet esprit boisé.

Le 25 avril prochain, laissez-vous séduire lors de Champagne Tasting par la dégustation de ces cuvées d’exception : Blanc de Noirs Premier Cru, Dosage Zéro et le remarquable Prestige Charles Gardet Millésimé 2008.


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