Organisée ce lundi 19 janvier, une dégustation verticale exceptionnelle de Château Fonroque, premier grand cru classé de Saint-Emilion certifié en biodynamie (Biodyvin) dès 2008, a permis de mieux appréhender l’impact de cette démarche sur les vins.
Point de rencontre des trois terroirs de saint-émilion, cette propriété de 20 hectares dont 17,6 d’un seul tenant, a été rachetée en 2017 par la famille Guillard, également acquéreuse de château Mazeyres à Pomerol en 2020. Elle succède à la famille Moueix, dont Alain, l’un des descendants, est consultant pour ces deux domaines.
Sous la houlette de la directrice de la propriété, Judith Barat, et de son directeur technique, Ludovic Guibert, cette verticale s’est déroulée en quatorze millésimes. Elle commence avec 1998, alors que la propriété était encore dirigée par Jean-Jacques Moueix (arrière-petit-fils de Jean Moueix, l’acquéreur de château Fonroque en 1931) et les vins vinifiés par l’œnologue Jean-Claude Berrouet, également vinificateur de 44 millésimes à Petrus, l’icône pomerolaise de la famille Moueix.
La verticale représente l’occasion d’une plongée dans le XXe siècle qui fleure bon le bordeaux d’antan avec sa belle patine mais où pointent déjà ces arômes floraux (très pot-pourri dans ce cas précis) qu’on retrouvera tout au long de la verticale, et une pointe mentholée. Puis 2006, premier millésime certifié en bio. Alain Moueix, le fils de Jean-Jacques, est aux manettes depuis 2001 et imprime, à sa manière, la continuité familiale avec le virage du bio et de la biodynamie, pratiquée dès 2004. Ce très beau millésime, plus classique que 2005, se révèle à Fonroque avec un juteux et une belle expression fruitée et florale sur une texture délicatement poudrée. 2008 marque la certification en biodynamie et le vin devient plus éclatant avec une précision du floral empreint de rose séchée et de giroflée. Avec 2010, le vin gagne en verticalité et s’exprime tout en fraîcheur. Puis 2015, millésime chaud qui annonce le réchauffement en cours, dévoile une incroyable puissance aromatique avec ses notes épicées (poivre blanc, curry) et son floral envoutant quand la matière se fait pulpeuse mais reste d’une grande fraîcheur, pleine d’énergie.
La véritable concrétisation de la biodynamie est atteinte en 2016 lorsque texture et arômes se font plus aériens, tout en finesse et légèreté, et d’une grande fraîcheur, gagnant en précision et énergie. 2017 explose de gourmandise et de suavité, un vin sublime à son apogée. 2018 et 2019 expriment une forme de plénitude ressentie quand tout est à sa place. Gourmands, réconfortants, ils font montre d’une incroyable énergie. De 2020 à 2022, les vins sont marqués par leur millésime, plus ou moins chauds, et encore à attendre.

Un nouveau chai est mis en fonction en 2021, permettant une parfaite adéquation avec le parcellaire. 2023, millésime ô combien compliqué, se révèle intense et harmonieux et prêt à boire. Quant à 2025, dégusté en avant-première des primeurs alors qu’il est juste assemblé et encore non élevé, il dévoile une énergie particulière. Pour la première fois, il a été vinifié en partie en grappes entières avec l’ajout de rafles.
Une leçon en quatorze temps au cours de laquelle château Fonroque démontre que cette approche viticole n’est pas qu’une philosophie, mais une voie concrète vers une expression plus pure, plus droite et plus fidèle du terroir.

Cet article Château Fonroque se dévoile en 14 millésimes est apparu en premier sur Terre de Vins.