Clos Bellane, une pépite méconnue du Rhône méridional au style septentrional

Le Clos Bellane, perdu sur les hauteurs de Valréas, entre Drôme et Vaucluse, est déjà une star sur le marché nord-américain. Stéphane Vedeau, autodidacte amoureux du grenache et passionné par les élevages, commence à faire connaître ses vins hors codes dans l’Hexagone.

Sur un plateau calcaire suspendu à 400 m d’altitude au-dessus de Vinsobres et au nord de l’Enclave des Papes, les vignes entourées de champs de lavande et de chênes truffiers centenaires, cueillent la fraîcheur du soleil levant. Stéphane Vedeau en est tombé amoureux en 2010 et en a fait un des plus beaux ambassadeurs de Valréas qu’il voit déjà promis au rang de cru. Ce petit-fils d’ingénieur agronome, qui possédait déjà des vignes en Côte-Rôtie, est devenu homme de vin par vocation patiemment construite. Après des études de commerce puis scientifiques en passant par la case football et une plongée dans le Traité d’œnologie de Dubourdieu, il se forme sur le terrain en Languedoc-Roussillon à partir de la fin des années 80. Il y achète en 1992 un premier vignoble à Montpeyroux et fonde la maison Maurel-Vedeau avec Philippe Maurel. Pendant plus de quinze ans, les deux compères hissent les vins languedociens au plus haut niveau. C’est à cette époque que Stéphane Vedeau se découvre une passion durable pour le grenache même s’il reconnaît volontiers que « ce cépage a souvent un problème d’équilibre dans le Sud où il n’est pas facile de trouver la maturité sans renoncer à la tension ». Ce sera son credo. 

Stephane Vedeau ©F.Hermine
Clos Bellane ©DR

Donner de la fraîcheur au grenache

En 2005, Stéphane Vedeau se sépare de Philippe Maurel et la maison de négoce, qui s’était fait connaître par ses sélections parcellaires en Pays d’Oc, passe dans l’escarcelle de la famille Bonfils, l’un des principaux propriétaires fonciers viticoles du Languedoc. En décembre 2010, l’autodidacte rachète le Domaine de la Petite Bellane à Valréas, rebaptisé Clos Bellane, et en fait rapidement une référence de l’appellation Côtes-du-Rhône Villages Valréas. Ce bel ensemble de 65 hectares dont 48 de vignes, mosaïque d’une trentaine de parcelles situées entre 370 et 415 mètres d’altitude, repose sur des calcaires du miocène, dominés par le grenache et la syrah pour les rouges, la marsanne, la roussanne, le viognier et la clairette pour les blancs.

« Nous bénéficions d’une grande diversité de terroirs qui est une source d’inspiration inépuisable », souligne Stéphane Vedeau qui limite les rendements à 20 hl/ha en moyenne. Là où la plupart de ses voisins produisent 6 500 bouteilles à l’hectare, il se contente de 4 500. « Il s’agit de jouer sur une présence discrète pour faciliter une réelle expression du terroir. Car le vin se fait à 80% dans les vignes et l’homme doit juste se comporter en accompagnateur de ce que la nature propose ». Des vins taillés pour la longueur, la fraîcheur et l’élégance, ses trois obsessions pour équilibrer la richesse naturelle du raisin. Dans ce paysage sudiste, le défi est clairement de « garder la fraîcheur d’un grenache à 14,5% vol. mais avec des pH de vin blanc ; avec moins d’extraction, ça fait vivre le fruit longtemps ». Au total, le Clos Bellane produit 80% de rouges (grenache, syrah), 12 à 15% de blancs (roussanne, marsanne, viognier), 7 à 8% de rosés, avec une attention particulière à la cohabitation des âges de vignes dans les cuvées, pour la complexité.

Le style Vedeau dans les élevages

Le domaine a été d’emblée converti en bio sur des principes de biodynamie et certifié AB en 2014.  « J’étais venu juste pour le terroir et j’ai découvert un chai semi-enterré en béton, entièrement gravitaire à température constante toute l’année qui permet de stocker les crus en bouteilles sans climatisation et d’assurer une évolution sereine pour le plus grand respect des jus ». À la cave, Stéphane Vedeau opte pour des méthodes de vinification douces en levures indigènes, un pigeage « à la bourguignonne, une utilisation a minima des sulfites, bien inférieures aux limites autorisées en bio, une mise en bouteille sans collage ni filtration ».

Le soin apporté aux élevages constitue un autre marqueur du style Vedeau. Ils sont orientés, suivant le millésime et en fonction de la texture du vin, entre pièces bourguignonnes, demi-muids et cuves béton. Le vigneron va jusqu’à choisir lui-même les bois de ses fûts dans la forêt de Tronçais, pour les faire sécher pendant deux ans et réaliser ses propres chauffes, afin d’offrir à ses vins une finesse boisée exceptionnelle. 

En extension du Sud au Nord

Depuis 2007, La Ferme du Mont regroupe en une entité une sélection d’appellations du Rhône méridional. La gamme se décline en une dizaine de vins « classiques » complétés par des éditions limitées éphémères, comme la Marsanne Résurrection (1 500 bouteilles) ou la cuvée Lusis-Condri en viognier (1 000 à 1 200 bouteilles). Stéphane Vedeau a progressivement élargi son terrain de jeu, notamment grâce à sa rencontre avec Jean-François Chêne, à la tête d’un fonds d’investissements pour PME industrielles (JFC). Ils décident de s’associer en 2018 et se donnent pour mission de dénicher de beaux terroirs de la Vallée du Rhône.

Les Domaines du Mont se sont agrandis avec 1,14 hectare en Châteauneuf-du-Pape sur les sols urgoniens, 9 hectares sur les argiles rouges de Vinsobres, puis 5,5 hectares sur les marnes bleues de Rasteau et, en 2022, 12 hectares sur les terrasses granitiques de Crozes-Hermitage à Gervans (qui donne lieu à un nouveau domaine, J. Boutin du nom de sa mère).  « L’équilibre parfait n’existe pas, mais on s’en approche », confie-t-il, à la fois modeste et exigeant.

À Bellane, ce programme prend corps avec des vins qui dépassent les profils attendus du Rhône méridional, plus « septentrionaux » que solaires. Mais le modèle unique de Valréas, n’est pas si facile à faire connaître car hors codes et sans notoriété sur le marché français – le Clos a commercialisé jusqu’à plus de 90% de sa production à l’export, aujourd’hui les trois-quarts). Ce sera le prochain défi du domaine.

Franc?ois Sabate? de JFC Industrie et Ste?phane Vedeau©F.Hermine

TERRE DE VINS AIME

Clos Bellane Côtes-du-Rhône village Valréas blanc 2023 Les Echalas (35 €)

La cuvée historique du domaine à partir des plus vieilles roussannes du domaine (plus de 50 ans) en trois clones. Fermenté et élevé plus d’un an en fûts neufs et un an en cuves béton. Un vin dense, ample et rond, un nez légèrement pétrolé dû à l’un des clônes qui a tendance à botrytiser, des arômes floraux, de fougère, coing, zestes d’agrumes sur une note miellée 

Clos Bellane Côtes-du-Rhône village Valréas rouge Sine Annata (70 €)

Donc sans année comme son nom l’indique. Stéphane Vedeau à partir d’une dégustation à l’aveugle dans les chais a sélectionné au printemps dernier des barriques de 2017, 2019, 2020, 2021 et 2022 pour un assemblage à 85 % syrah et 15 % grenache issus des plus vieilles vignes en altitude. Très aromatique sur la liqueur de cassis, mûres, épices douces, des tanins fermes mais poudrés, des notes de cacao, truffe noire, et balsamique sur une note camphrée.


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