[Entretien] Pierre Einaudi : « Tout le monde veut des bisous ! »

Au domaine Bargemone, Pierre Einaudi élabore des grands vins en Coteaux d’Aix, mais sait aussi innover pour mieux suivre les nouvelles tendances de consommation. Sa dernière cuvée ? Un rouge pétillant, croquant, léger, à boire bien frais pour la Saint Valentin. Et même s’il n’a pas la prétention de dépoussiérer Molière, nul doute que cet ancien acteur de théâtre classique vient souffler un vent de fraîcheur sur une filière viticole qui en a bien besoin.

Sur quel concept avez-vous construit cette nouvelle cuvée ?

L’idée de cette cuvée “Bisous” part d’un constat, celui d’une génération Z qui se désintéresse du monde du vin de papa, qu’elle juge « boring », ringard, intimidant et difficile d’accès, mais qui continue à trouver que les bières et les cocktails, c’est cool. Pour rendre le vin à nouveau cool, « Bisous » ne parle ni de cépage, ni de terroir, mais de plaisir immédiat. Elle évite l’écueil des accords spécifiques, pour s’inscrire sur des moments, par exemple d’apéro, d’afterwork, de festival … D’une certaine manière, tout est écrit sur la bouteille elle-même. Le flacon est en effet évocateur de légèreté, l’étiquette avec la forme de bouche pulpeuse donne l’idée que le vin va être généreux, plaisant, frais. La capsule de bière qui remplace le bouchon de liège est beaucoup plus facile et rapide à ouvrir, tout en soulignant aussi le côté pétillant. Et comme la plupart des bouteilles avec une capsule se mettent au frigo, on comprend tout de suite que c’est sa destination première. Il ne faut pas oublier qu’il y a une baisse de consommation des vins faits pour être bus chambrés, à température ambiante. En revanche, tout ce qui sort du frigo a la cote : les Red Bulls, les sodas, les rosés, les blancs, et il existe également une très belle dynamique autour de la bulle. 

La cuvée Bisous du Domaine Bargemone, un rouge pétillant

Finalement, vous vous inscrivez dans cette mode des rouges légers à boire frais qui refait surface et vient ressusciter ce que l’on appelait autrefois les clairets, gamme intermédiaire entre les rosés et les rouges ?

Oui, mais j’ai voulu aller un peu plus loin. Je mets certes le rouge au frigo, mais, de surcroît, je le rends pétillant. Sans prétendre dépoussiérer Molière, c’est une proposition sur un espace inoccupé. À part le Lambrusco en Italie, qui est par ailleurs très capiteux et lourd, il n’existe guère de rouge pétillant. Tout simplement parce que l’effervescence a un effet loupe sur l’aromatique. C’est pour cela qu’on utilise plutôt des vins blancs dont l’expression est par essence plus discrète. Sur un vin rouge, si on ajoute de la bulle, on peut vite aboutir à quelque chose de trop marqué qui n’aura pas ce côté glouglou et festif. D’où l’intérêt d’une part de ne pas pousser l’effervescence trop loin – nous avons ainsi choisi de ne pas dépasser le stade du pétillant – mais aussi d’utiliser un rouge très léger. En l’occurrence, nous sommes sur une macération qui a duré seulement une nuit, avec très peu d’extraction, c’est juste une infusion. Il n’y a rien de tannique, on reste sur le fruit croquant. 

Puisqu’on parle de la faible extraction, on peut souligner que cette couleur d’un rouge très clair est elle aussi très attractive…

Oui, d’autant que le vin est dans un flacon transparent, on imagine tout de suite les gouttelettes de condensation lorsqu’elle sort du réfrigérateur. La robe évoque la cerise, le bonbon… Elle est moins foncée qu’un Tavel, mais davantage qu’un rosé. On est vraiment sur un objet qu’on va avoir plaisir à sortir du sac à main, et qui va susciter la curiosité des copains. Même s’ils ne sont pas buveurs de vin, ils vont avoir envie de se laisser tenter par la nouveauté, et ils n’auront pas l’impression de prendre un grand risque en trempant leurs lèvres dans ce vin qui titre à peine à 11,5 degrés. Pour parvenir à ce niveau modéré d’alcool, on a vendangé un peu plus tôt, surtout que l’été a été caniculaire. Le dosage est lui aussi très léger, à peine 12 grammes, il ne se sent pas, il ne vient pas adoucir, mais soutenir le vin, lui donner de la longueur. On a envie d’essayer, c’est bisou, tout le monde veut des bisous ! Encore une fois, l’approche est décomplexée. On ne se demande pas quel est le prénom du grand-père du vigneron, peu importe ! Il n’y a pas non plus de jargon ni de code intimidant. C’est un vin qu’on va siroter de 18 heures à 2 heures du matin, sans s’en rendre compte. On peut trinquer dans le verre que l’on veut, un verre à pied ou un verre Duralex dans lequel votre âge est inscrit au fond, l’important, c’est que ce soit dans des moments collectifs et des moments de joie.

Alors, le cépage et le terroir ne sont pas des arguments de commercialisation, mais comme dirait Jean-Jacques Bourdin « les Français ont le droit de savoir ! »

Les raisins sont issus d’une parcelle bien identifiée d’un hectare, entourée d’un petit bois, une sorte de petit jardinet, un carré de grenache, très mignon, un peu comme un bisou !

Prix : 11,90 € À découvrir sous le manteau à l’occasion du salon Terre de vins dédié aux Rencontres Professionnelles le 30 mars prochain.


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