Matteo Mariotti du Clos de Caille en Provence, s’est associé à Matthieu Cosse du Domaine Cosse-Maisonneuve à Cahors pour restructurer le domaine du Var et racheter le domaine lotois de Bonaguil, qui doit également bénéficier d’une cure de jouvence.
Connu pour son travail exigeant au domaine Cosse-Maisonneuve à Cahors, le vigneron Matthieu Cosse s’est engagé depuis 2023 sur un nouveau parcours en collaboration avec Matteo Mariotti, propriétaire du Clos de Caille en Provence. Outre la prise en main des vins du Clos de Caille, le lotois s’est associé au monégasque pour acquérir dans le Sud-Ouest, le domaine de Bonaguil. Deux entités distinctes donc mais reliées par la même ambition de révéler des terroirs, encore sous-exploités, par une approche parcellaire, peu interventionniste et résolument tournée vers la précision des élevages.
L’arrivée de Matthieu Cosse au Clos de Caille en 2023 a marqué un tournant important pour ce domaine de 40 hectares à Entrecasteaux au cœur du Var vert. Le vigneron y a engagé un travail de fond sur la compréhension du sol, avec la réalisation d’une soixantaine de fosses pédologiques. Cette analyse fine a confirmé le potentiel d’un terroir mêlant silices et calcaires anciens, bénéficiant d’une forte amplitude thermique. Le projet repose sur une restructuration progressive du vignoble d’ici dix ans. « L’encépagement et les équilibres de production ont été repensés, dans l’objectif de réduire la part des rosés de 85 à 65 % pour faire davantage la part belle aux blancs, à hauteur de 17 à 18 %, et autant pour les rouges » précise Matteo Mariotti. Cette évolution passe également par de nouvelles plantations, notamment de clairette et de grenache blanc qui devraient entrer en production à l’horizon 2028.

Sur le plan des vinifications, le changement est déjà perceptible. Matthieu Cosse privilégie des approches parcellaires et développe des cuvées identitaires. La vendange en grappe entière est expérimentée aussi bien pour les rouges que pour certains rosés, afin de renforcer la fraîcheur aromatique et la complexité structurelle. L’objectif est de « produire des vins pleins, dotés de chair et de profondeur, tout en conservant une finesse d’expression » détaille le vigneron. « Les élevages constituent un autre axe majeur d’évolution. Pour cela, je travaille avec la tonnellerie Miquel qui a des bois peu marquants, chauffés à blanc, idéal pour un élevage en 500 litres, afin de préserver l’équilibre entre oxygénation et tension ».
En parallèle, le domaine Cosse-Maisonneuve de Matthieu Cosse et Catherine Maisonneuve a racheté avec Matteo Mariotti au printemps dernier le domaine de Bonaguil. Aux confins du Lot, du Lot-et-Garonne et de la Dordogne, à proximité de l’ancien château médiéval de Bonaguil, cette propriété de 26 hectares dont 9 de vignoble, fondée en 1989 par un acteur du cognac, a changé plusieurs fois de mains avant d’être progressivement délaissée, malgré un potentiel évident.
Il y a une dizaine d’années, il a été converti en bio avec une viticulture peu interventionniste. En 2017, les derniers propriétaires, Barbara et Daniel Donath, un couple d’origine tchèque installé à Londres, avaient même été jusqu’à appliquer des principes biodynamiques et des vinifications sans sulfites. Perché à 230 mètres d’altitude, le vignoble se distingue par un environnement forestier dense – près d’une vingtaine d’hectares de bois – et par un terroir singulier. Loin des standards calcaires du Quercy, les sols associent dépôts sidérolithiques, argiles ferrugineuses, sables siliceux, silex et résidus calcaires. Cette complexité géologique confère aux vins une tension naturelle, une structure affirmée et une grande fraîcheur renforcée par l’influence du couvert végétal environnant.
Historiquement, le domaine a fait le choix de cépages atypiques pour la région : sauvignon et chardonnay pour les blancs majoritaires; gamay, merlot, cabernet franc sur un hectare. Des malbecs ont été récemment replantés pour les rouges avec une densité de 4 500 pieds par hectare. « Le vignoble nécessitait une reprise en profondeur ; Il a fallu entièrement retailler », souligne Matthieu Cosse, qui avait déjà repris l’exploitation des vins entre 2023 et 2024. Il envisage un redémarrage à plein régime à partir de 2026 avec la sortie du millésime 2025. Le choix a été fait de commercialiser Les Hauts de Bonaguil en Vin de France plutôt qu’en appellation Côtes du Lot pour explorer pleinement le potentiel du site sans contrainte réglementaire.

Au-delà de la diversité des contextes, les projets du Clos de Caille et des Hauts de Bonaguil répondent à une même logique. Dans les deux cas, Matthieu Cosse s’attache à révéler des terroirs en devenir, en misant sur une lecture fine des sols, une viticulture exigeante et des vinifications peu interventionnistes. La recherche de maturité optimale, combinée à une gestion précise des élevages, vise à produire des vins à la fois complets, frais et profondément identitaires. Cette double implantation dessine une nouvelle cartographie du travail du vigneron entre Provence et Sud-Ouest, où chaque domaine devient un terrain d’expression spécifique. À Bonaguil, il s’agit de reconstruire et d’expérimenter ; au Clos de Caille, d’affiner et d’élever le niveau d’exigence. Deux dynamiques complémentaires qui devraient, à terme, redéfinir les contours de ces vignobles à haut potentiel.

Cet article Le Clos de Caille en Provence s’étend dans le vignoble du Lot est apparu en premier sur Terre de Vins.