Le Domaine Mondoloni, un projet territorial pour la résurrection d’un vignoble corse

Dans la vallée de Tizzano, au sud de Sartène, Paul-Antoine Mondoloni fait revivre quelques-unes des plus anciennes vignes de Corse du sud. Dans les années 1960, les frères Margnat, les plus gros négociants français de vins, y avaient planté 110 hectares, en grande partie arrachés quinze ans plus tard. Quelques vignes ont subsisté grâce aux bons soins des frères Dermy. De ces survivantes est né le domaine Mondoloni.

Paul-Antoine Mondoloni n’est pas issu d’une famille de vignerons. Mais ce jeune quadra, sartenais « de père et de mère », décide, au moment du Covid, de revenir au pays après une carrière dans le marketing digital. Il rachète l’Hôtel du Golfe, à Tizzano, un petit établissement de charme de 17 chambres tournées vers la mer. Avec son épouse, assistante sociale, le jeune père de famille déniche une bergerie à louer au milieu du vignoble et tombe amoureux de l’endroit. La vigne devient alors une évidence. Une révélation renforcée par la rencontre avec les frères Dermy, Jean-Luc et Michel, pionniers de la viticulture dans cette vallée isolée. Ils cultivent 34 hectares de très vieilles vignes dont les raisins sont vendus au négoce. Sans repreneur, ils hésitent à transmettre. « Si aujourd’hui je suis vigneron, c’est grâce à eux », affirme “Paulo”. « Ils ont créé la matière première, l’ont entretenue, et ont bien voulu me la céder. ». L’accord se fait progressivement : 15 hectares acquis en propriété, le reste en fermage. 

Un nouveau chai au milieu des vignes

L’aventure commence dès 2021 avec une première vendange vinifiée chez les voisins, la famille Leccia, puis chez le cousin de Paulo, Philippe Farinelli au domaine Saparale, « la locomotive de la région et un modèle inspirant. J’ai appris sans formation, uniquement avec les frères Dermy qui m’ont accompagné pendant deux ans ». Une formation sur le terrain confirmée par une VAE (Validation des Acquis de l’Expérience).

À ses côtés, l’œnologue-conseil Aurélie Patacchini et les équipes de la Chambre d’agriculture. Le 17 juillet 2025, Paul-Antoine devient pleinement propriétaire-récoltant. Le domaine rapidement engagé en HVE est certifié bio depuis 2024. Le nouveau chai au milieu des vignes matérialise l’ambition. Sur le littoral, en zone soumise à des contraintes strictes, l’autorisation de construire était un défi. Le bâtiment de 580 m², conçu pour résister aux vents violents, regroupe cuverie, mise en bouteille et stockage avec principalement des cuves inox, quelques tulipes béton « pour plus de gras et de rondeur », et des barriques en test. Un ancien hangar agricole de 150 m², racheté juste en face, sera reconverti en espace de dégustation et de stockage supplémentaire. 

Domaine Mondoloni a? Tizzano ©F.Hermine.

La Croix du Sud pour emblème

Sur ces arènes granitiques balayées par les embruns dominent les cépages corses : sciaccarellu et niellucciu, complétés de grenache, syrah, carignan (plantés en 1962), alicante et mourvèdre. Les vermentinu, dont certains datent de 1972, signent les blancs (à ce jour 6 hectares, complétés de 2 hectares de plantiers). « J’estime avoir plutôt un terroir de rouges, surtout avec l’apport des vieilles vignes aujourd’hui entièrement vendangées à la main. Je produis suffisamment de rosés pour boucler la saison estivale mais je veux développer les blancs pour répondre à la demande croissante dans la restauration locale ».

Les premières vinifications se sont faites en cofermentation ; avec le nouveau chai, Paul-Antoine évolue vers une approche parcellaire par cépage avant assemblage. La production actuelle porte sur 8 à 10 hectares selon les années ; le reste du raisin est vendu en AOP bio à deux vignerons du Sartenais, dans l’attente d’augmenter progressivement la part de bouteilles signées Mondoloni.

La production se structure autour de deux gammes qui portent la croix du sud, « symbole de mes voyages et du retour aux sources comme les berbères et parce que nous sommes le domaine le plus au sud de France ». Prima qui correspond aux premières bouteilles de Paulo est déjà bien diffusée dans le sud de l’île. Des vins accessibles, élevés à 100 % en inox et déclinés dans les trois couleurs. La seconde cuvée, Voglia, incarne « l’envie, celle d’aller plus loin, de créer un vin plus élaboré en sélection parcellaire avec un jeu phonétique en corse, car en associant Prima et Voglia, ça évoque les premières feuilles du printemps », précise le vigneron, soucieux de donner du sens au récit. Les rosés sortent dans l’année ; rouges et blancs bénéficient d’un repos d’un an en bouteille « pour que le vin se patine ». 

P-A Mondoloni, 1e?re participation a? Wine Paris©F.Hermine

Vendre plus loin que les menhirs

La commercialisation se fait en CHR et chez les cavistes indépendants, encore principalement en Corse même si une première présence à Wine Paris a permis d’activer le réseau et des pistes de débouchés un peu plus loin sur le continent et même à l’export. Mondoloni est aussi un projet de territoire avec, à l’hôtel, un point boutique et, en avril, un point de vente dans le centre historique de Sartène.

À terme, le domaine souhaite proposer des dégustations au chai et dans les vignes et des visites couplées avec le site mégalithique de Padaghju, le plus long alignement de menhirs de Méditerranée. Deux hectares d’oliviers, jamais exploités auparavant, ont également donné naissance cette année à une première huile, pressée au moulin relancé récemment par Elizabeth Quilichini au Castellu di Baricci. Enfin, l’avenir se dessine aussi sur une propriété familiale qui n’a jamais porté de vignes mais riche d’oliviers centenaires. Six hectares y seront plantés après études de sols, en collaboration avec l’œnologue conseil Emmanuel Gagnepain, pour une première récolte espérée en 2030. « La diversification de l’économie rurale est devenue obligatoire pour faire vivre un territoire », observe Paul-Antoine. Mais au-delà de la stratégie, Mondoloni est d’abord une histoire de transmission et de renaissance par un entrepreneur autodidacte devenu vigneron.


Cet article Le Domaine Mondoloni, un projet territorial pour la résurrection d’un vignoble corse est apparu en premier sur Terre de Vins.

Commentaires

  • Il n'y a pas encore de commentaires.
  • Ajouter un commentaire