Accès aux terres compliqué, perspective de revenus limités, complexité des procédures… La relève du monde agricole est loin d’être assurée. La vitrine du Salon de International de l’Agriculture, qu’Emmanuel Macron a inauguré, à l’instar de Wine Paris quelques semaines plus tôt, ne doivent pas occulter les difficultés que rencontrent les candidats à l’installation.
Autrefois vécue comme une évidence, la transmission est désormais envisagée avec beaucoup plus de circonspection. La charge d’une exploitation viticole n’est-elle pas trop lourde ? C’est la question que se pose la famille Planiol, vignerons en Gironde.
Témoignage recueilli par Mathilde DUMAZET
Pierre Planiol, 26 ans, vigneron en Gironde, a dû batailler pour s’imposer. Après trois ans en fac d’histoire, Pierre annonce à son père qu’il souhaite reprendre ses 31 hectares de vignes. Ce dernier « n’était pas partant » car la consommation de vin commençait à baisser, mais il accepte de le salarier à partir de 2022, après un CAP et un Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole (BPREA), « graal pour obtenir la capacité professionnelle agricole ».
Trois ans plus tard, « il était encore moins convaincu » de lui céder son exploitation : « Ça fait cinq ans qu’on perd de l’argent ». Son père décide de recourir aux indemnisations d’arrachage des vignes, un plan gouvernemental pour rééquilibrer la production. Mais Pierre insiste pour garder quelques hectares et incarner la sixième génération familiale de viticulteurs.
Dans quelques mois, son père lui cédera donc trois hectares de vignes de vin blanc principalement pour coller aux tendances de consommation et 27 hectares de prairies (les vignes arrachées), sur des coteaux rocheux, où il ne serait « même pas rentable » d’installer des panneaux solaires. Ces surfaces et leur rentabilité sont insuffisantes pour avoir droit aux aides à l’installation, mais le technicien de leur coopérative l’a aidé pour le reste de l’administratif. « Heureusement, parce que je n'[en] comprends pas la moitié. »
Pierre devra rester salarié d’un autre vignoble pour gagner « un peu plus que le Smic » mais, « si la consommation de vin reprend », il aimerait pouvoir revenir à 14 hectares de vignes, comme son grand-père, avant « la tendance à l’agrandissement des exploitations ». « On ne peut pas se plaindre d’être moins nombreux et en même temps avoir des exploitations plus grandes. Si on veut vraiment installer, il faut réfléchir, et le modèle souhaitable pour moi, ce sont des exploitations petites ou intermédiaires », explique ce jeune, engagé au sein du syndicat Jeunes Agriculteurs.
La difficulté pour l’insertion des jeunes acteurs dans le secteur agricole ne se cantonne pas qu’au secteur viticole. Qu’il s’agisse de maraîchage ou de polyculture-élevage, les barrières à l’entrée révèlent une crise qui touche l’ensemble des filières. Le premier obstacle, commun à tous, est l’accès à la terre. Entre la pression foncière dans les régions touristiques et la rareté des sols adaptés à de petites exploitations, trouver un terrain abordable est devenu un défi, même avec un apport personnel important.
C’est le cas pour une jeune maraîchère installée dans le Tarn, qui fait fasse a de la difficulté pour trouver du foncier. Son rêve d’avoir une forêt comestible ou un verger maraîcher s’est heurté à deux ans et demi de « galères ». Malgré un apport d’environ 50 000 euros, elle a dû revoir ses plans face aux difficultés à trouver un terrain de production sur lequel elle pourrait aussi habiter. Face à la complexité d’établir un plan économique prévisionnel, elle envisage de se rapprocher de la Confédération Paysanne et des Adear (Associations pour le développement de l’emploi agricole et rural) pour obtenir un accompagnement adapté aux modèles paysans.
Pour les nouveaux arrivants, notamment ceux non issus du secteur, le chemin vers l’installation reste long.
Obtenir des soutiens comme la Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA) qui s’élève à environ à 40 000 euros selon les régions, peut faire l’affaire d’un long processus du fait que les critères d’éligibilité sont compliqués et les dossiers sont complexes à constituer. Entre la construction de bâtiments techniques et l’achat de matériel à des coûts importants, les nouveaux installés doivent supporter des charges colossales avant même d’avoir vendu leur première production.
Pour beaucoup, le salut passe par un accompagnement syndical ou associatif afin de naviguer dans ce maquis administratif et défendre des modèles paysans à taille humaine.
Article écrit avec l’AFP

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