BPM Architectes, c’est l’histoire de trois amis qui se sont associés alors qu’ils avaient à peine 20 ans après avoir été ensemble sur les bancs de l’École d’architecture de Bordeaux. Leur cabinet, spécialisé dans la filière viticole et fondé en 1999, compte aujourd’hui une cinquantaine d’employés et rayonne sur toute la France. Arnaud Boulain, l’un des trois gérants – aux côtés de Delphine Pirrovani et Loïc Mazières –, se livre sur les nouveaux enjeux de l’architecture viticole.
Nous sommes arrivés sur le marché au début des années 2000, aux grandes heures de Parker et de la croissance de Bordeaux. Mais notre approche a aussi joué, nous concevons l’architecture toujours au service de la fonction du bâtiment. Il ne s’agit jamais de faire primer le geste architectural. On doit savoir mettre de côté son ego.
Vous avez raison, et aujourd’hui cette mode est un peu passée, les étiquettes sont devenues plus créatives. Pour autant, le bâtiment viticole reste un outil de communication parce qu’un autre paramètre entre désormais en ligne de compte : l’œnotourisme. Dans les années 1990, Bordeaux avait cette culture du secret autour de son savoir-faire. Depuis les années 2000, au contraire, on travaille dans la lumière, on accueille les clients, on leur fait découvrir les installations. Le geste architectural est donc tout autant recherché. En revanche, avec cette nouvelle fonction œnotouristique, les architectes doivent relever un nouveau défi, celui de la gestion des flux : il faut, pour des raisons de sécurité, penser les différents flux pour qu’ils ne se croisent jamais, ceux des visiteurs et ceux des professionnels. Sans compter qu’il faut acquérir de nouvelles connaissances en matière de projets hôteliers et restauratifs…

Le chai du Château Pavie Macquin, face au village de Saint-Émilion ! Semi-enterré, il est accolé à des bâtiments traditionnels dont nous avons respecté l’esprit sur la partie extérieure. Mais l’intérieur est très moderne. Lorsque nous avons creusé le calcaire, nous nous sommes heurtés à un gros caillou si dur qu’on a choisi de le laisser tel quel pour construire le chai tout autour. L’idée a alors été justement de reconstituer l’architecture de la géologie dans laquelle nous nous trouvions. Les murs mêlent ainsi béton classique et calcaire local pour dessiner des strates sédimentaires. Quant au plafond, il est constitué de 3 700 tasseaux de bois de différentes longueurs, suspendus à la verticale, pour créer un mouvement ondulant reproduisant celui de l’argile, qui constitue la dernière couche du sol juste au-dessus du calcaire. Une multitude d’ampoules LED sont accrochées ici et là, à l’extrémité de ces tasseaux, ce qui donne l’impression d’un ciel étoilé.
La cuverie du Château Beauséjour a constitué, elle aussi, un challenge. Le choix avait été de construire les cuves en béton pour gagner de la place et passer au microparcellaire. Elles peuvent ainsi être carrées et collées les unes aux autres. Cela donne aussi une surface plane continue sur toute la cuverie qui permettait d’imaginer d’apposer dessus un grand paysage panoramique du domaine, chaque cuve étant une pièce unique du puzzle sur laquelle serait moulée en relief une partie de l’image. Lorsque nous avons proposé le projet à la famille, nous ignorions encore la manière dont nous allions nous y prendre. L’enjeu pour nos infographistes était de savoir comment, à partir d’une photo prise par un drone, on pouvait rendre la profondeur du paysage. Ils ont passé six mois à tout vectoriser, et nous avons demandé au fabricant de cuves de procéder à un moulage avec quatre profondeurs différentes, justement pour pouvoir rendre ce relief.

Nous avons la chance d’être aussi spécialisés dans les bâtiments publics, ce qui nous a donné une longueur d’avance. Ce n’est que récemment que les opérateurs du monde viticole ont commencé à intégrer ce paramètre dans leurs constructions. Dans les bâtiments publics, déjà dans les années 2000, il était très présent, à cause des décideurs politiques, qui doivent rendre des comptes aux citoyens. Nous avons toujours inscrit nos projets dans des démarches HQE, et nous sommes de plus en plus sollicités pour aller chercher des certifications anglo-saxonnes (LEED, BREEAM…). Prenez le Château Cantemerle, nous avons démonté 600 vieilles barriques pour réutiliser les douelles qui forment aujourd’hui le plafond du chai. Ce n’est pas un détail en termes de recyclage lorsque l’on sait qu’elles proviennent des plus vieux et des plus beaux arbres de France. Le problème des bâtiments viticoles, c’est que leur consommation d’énergie est très épisodique, elle ne dure que trois mois par an, au moment des vendanges et de la fermentation. Pour rentabiliser des installations de production d’énergie verte, il faut donc énormément de temps. Par ailleurs, sur cette courte période de consommation, celle-ci se fait jour et nuit, car on ne peut interrompre la régulation thermique des cuves. La simple installation de panneaux solaires ne suffit donc pas. Jusqu’ici, ce sont surtout les domaines très riches des grands crus qui se sont équipés. Le service R&D de notre cabinet développe aujourd’hui des solutions intermédiaires qui doivent permettre à des domaines plus modestes de s’engager dans cette voie.

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