[Livrables 2023] Saint-Estèphe & Pauillac

Après l’avant-goût des primeurs, voici le goût des livrables du millésime 2023. L’équipe de dégustateurs de Terre de Vins : Julia Bouchet, Jean-Charles Chapuzet et Michel Sarrazin, menée par Mathieu Doumenge, a revu sa copie. Après deux ans d’élevage, les potentiels prometteurs détectés au printemps 2024 se sont confirmés, tandis que ce temps n’a pas toujours comblé les faiblesses de certains échantillons. Finalement, celui qui ressort gagnant de cette année en demi-teinte, qui succède à 2022 reconnue unanimement pour sa qualité, c’est le consommateur avisé qui trouvera, parmi la sélection de Terre de Vins, des réussites forcément plus accessibles que l’année précédente. Bonne lecture !  


Dans cet article, retrouvez les commentaires de dégustation des appellations Saint-Estèphe et Pauillac.


Saint-Estèphe

Château Le Boscq

Depuis les primeurs, le boisé s’est confirmé, voire bien affirmé, presque au point de contrarier le joli fruité qu’on détecte encore. Il se révélera mieux lorsque ce boisé sera intégré. Le vin est donc actuellement un peu musculeux, il faudra attendre. Le nez reste discret, un rien mentholé et kirsché.

Château Beau Site

Une certaine densité de fruit noir er rouge, coulis de cassis, un fond légèrement cendré, un velouté avenant teinté d’un léger vanillé, ce saint-estèphe a de l’allure. Le vin se déroule en droiture, campé sur un jus direct, des tanins fermes, un bon équilibre d’ensemble. Sans renverser la table, il joue bien sa partition.

Château La Commanderie (Cru Bourgeois)

Rien que du classique dans ce nez qui convoque fruit noir, épices, notes toastées, réglisse. Une conjugaison de la maturité et de la fraîcheur. La bouche se campe sur la fermeté des tanins, une matière droite voire anguleuse, un soutien acide assez sérieux. L’ensemble tient la route.

? Château de Côme (Cru Bourgeois Supérieur / BIO)

Toujours ce nez délicat sur la fraise écrasée et le cassis frais. L’attaque est très vive, explosive. Une trame suave et dense fidèle à Saint-Estèphe, plus encore Côme. La finale est acidulée, ce 2023 confère encore une fois une très belle garde.

Château Cos d’Estournel (2ème GCC 1855)

Nez encore retenu, marqué par des accents sombres et précis. L’attaque s’ouvre sur une matière juteuse, où la cerise bigarreau apporte son éclat. Le cabernet s’impose avec assurance, étirant la bouche dans une longueur presque enveloppante. Un vin qui occupe l’espace et porté par une énergie droite et maîtrisée.

Château Cos Labory (5ème GCC 1855)

Nez éclatant, presque acidulé, évoquant le bonbon arlequin. En bouche, le fruit se montre vif et généreux, soutenu par une touche lactée. La matière, juteuse, trouve son équilibre grâce à la part de cabernet qui apporte relief et maintien. L’ensemble offre une dégustation portée par une belle énergie.

Château Coutelin-Merville (Cru Bourgeois)

On apprécie beaucoup le caractère plaisant de ce vin qui se présente sur un fruité expressif, enrobé, très charmeur. Ce qui se confirme en bouche, la matière bien emplie se parant de tanins grenus mais intégrés. Une fine ligne acide soutient l’ensemble.

? Château Le Crock (Cru Bourgeois Exceptionnel)

Une signature très médocaine au nez, sanguine et mentholée, cuir sur cassis explosif. Il annonce un profil pulpeux qui se retrouve en bouche, d’une remarquable définition tannique. La chair juteuse se tient en droiture, tenue par un grain très fin et poivré, qui l’étire élégamment. Amers distingués en finale.

Château Haut-Marbuzet

Une impression de garrigue s’impose d’abord, portée par une fraîcheur qui évoque le Sud tout en laissant apparaître une dimension épicée. En bouche, le fruit noir ouvre la marche avant que le boisé n’apporte ses accents toastés. La finale, légèrement mentholée, prolonge la dynamique.

Château Laffitte Carcasset (Cru Bourgeois Exceptionnel)

Jolie concentration, qui combine cassis et pivoine, très léger boisé de bonne extraction. On lui devine de la densité, de la musculature. En bouche, de la jutosité, une silhouette mûre et tubulaire, qui se campe sur des tanins d’une certaine fermeté, encore un peu anguleux à ce stade, avec une finale légèrement stricte. Un peu de garde permettra de l’assouplir et de révéler pleinement le joli potentiel de garde de ce vin.

Château Lafon-Rochet (4ème GCC 1855)

Nez sur le crémeux, pratiquement une dimension lactée sur le cassis tendre. En bouche, une définition en droiture, sérieusement campée, avec des tanins présentant une certaine fermeté sur la chair élancée. L’ensemble se révèle frais, digeste, doté d’une touche de grip et de caractère. Sérieux.

Château Lilian Ladouys

D’emblée, l’expression rappelle un sorbet de framboise et de cassis, avec une nuance qui « pinote » légèrement. La bouche déroule un véritable éclat de fruits, où se glissent des accents de cerise à l’eau-de-vie. Une pointe de poivre blanc vient relever l’ensemble.

Château Meyney

D’abord discret, le profil aromatique s’ouvre peu à peu vers un cassis subtil. En bouche, la matière se révèle plus expressive, avec un caractère sanguin et quelques accents de cuir. La texture, juteuse et bien étirée, laisse entrevoir une évolution prometteuse.

? Château Montrose (2ème GCC 1855)

Incroyablement aérien, poudré, vertical, suspendu, ce Montrose 2023 pose tout de suite le décor. Assemblage 75 % cabernet sauvignon, 21 % merlot et 4 % cabernet franc, concentré sur la terrasse 4. La palette florale est désarmante de séduction, on est en présence d’une pièce d’orfèvrerie. En bouche, la démonstration continue : signature traçante de la matière, définition des tanins au pixel près, aromatique précise et fraîche, longueur revigorante. C’est le parfait équilibre entre la force et la finesse, et une affirmation majeure du style Montrose, qui ne cesse de s’affiner millésime après millésime.

Château Montrose – Terrasse

Premier millésime de cette cuvée de Château Montrose qui se concentre sur la fameuse terrasse n°3 du Médoc, la « grande cuvée » du domaine se focalisant sur la n°4. L’idée est ici de différencier la typicité du cabernet sauvignon (60 %) sur un sol plus profond, qui se gorge d’une sève pulsante, un jus plein, droit, opulent mais vertical, qui combine bien la richesse et la verticalité.

Château Phélan Ségur

Le bouquet charme d’emblée par sa palette large, sur des notes florales, de moka, de cerise confite et de menthol. L’attaque surprend un peu par une trame tannique dense qui annonce une puissance brute qui se civilisera avec le temps. La bouche se resserre actuellement sur sa finale. Patience !

Château La Rose Brana

Un jus agréable, dense, d’une jolie concentration. Habillage tannique sérieux et précis, élevage appliqué, c’est un équilibre très intéressant sur le millésime 2023, à la fois juteux, structuré, digeste et long. Un vin à suivre sur la durée !

Château Tour Saint Fort (Cru Bourgeois)

Toujours très fruité et explosif (comme en primeur), il exprime une indéniable gourmandise qui trouvera ses adeptes. Charnu, rond et un poil exubérant, il s’habille de tanins qui ont de la griffe, mais il se tient bien sur la longueur, quoiqu’un peu marqué par l’élevage en finale. Un peu d’attente en bouteille lui fera du bien.

Château Tronquoy

Dernier millésime d’Yves Delsol à la tête de Tronquoy avant d’être remplacé par Vincent Decup, directeur technique de Montrose. C’est aussi le dernier millésime vendu en primeur, la propriété se dédiant désormais à des millésimes proposés en livrables décalés. Ce 2023, à la proportion élevée de cabernet (51 %) et de petit verdot (11 %), le solde en merlot, présente un profil très affûté, un côté sanguin sur le fruit qui lui donne beaucoup de mâche, de nerf, ce qui vient twister la gourmandise. Finale juteuse, mordante, désaltérante.


Pauillac

Château d’Armailhac (5ème GCC 1855)

Un Armailhac particulièrement riche en cabernet sauvignon (70 %), signature du millésime. Il en ressort un profil aiguisé, lame de rasoir sur le fruit saignant, imprimant une mâche, un toucher très tweed de tanins qui ont beaucoup de relief. C’est la grande caractéristique de ce 2023 savoureux et dynamique, qui a un joli potentiel de garde devant lui.

Château Batailley (5ème GCC 1855)

Une sacrée distinction se signale au premier nez, très Pauillac, cassis sur graphite, touche cendrée. La densité est présente, mais aussi la fraîcheur et une vraie vivacité de fruit. En bouche, très joli travail sur la définition des tanins, la matière emplit l’espace, se campe sur un joli matelas poivré, ciselé avec soin. C’est juteux, énergique, savoureux, d’un classicisme assumé sans renier un éclat contemporain.

Château Clerc Milon (5ème GCC 1855)

On distingue d’emblée la signature cabernet (72 %) sur ce Clerc Milon 2023. Profondeur, race, complexité, mais aussi sensualité de la palette aromatique. C’est un vin irrigué, séveux, imprégné d’un jus vivace qui se déroule en verticalité, de façon tubulaire, dont la sanguinité se pare de tanins frisants, dynamiques. Un réel caractère, beaucoup de dimension et de facettes, et une perspective de garde absolument remarquable. Bravo !

Château Croizet-Bages (5ème GCC 1855)

Profil déjà avancé, porté par des arômes évoquant le sous-bois. En bouche, les notes de boîte à cigares et de réglisse confirment une évolution sensible, avec un style assumé, légèrement old school. La matière reste harmonieuse, prête à être appréciée dès maintenant, sans nécessiter d’attendre davantage.

Château Duhart-Milon (4ème GCC 1855)

Arômes de rose et de fraise impriment d’emblée à ce Duhart 2023 un caractère charmeur. La bouche révèle une matière précise, portée par une concentration douce qui met le fruit au premier plan, sans se départir du fond. On perçoit un beau travail de précision, tant dans la maturité que dans la définition des tanins, ce qui offre un équilibre entre finesse aromatique et puissance propre à Pauillac. On relève une mâche remarquablement juteuse, qui appelle le verre suivant.

Château Grand-Puy Ducasse (5ème GCC 1855)

D’abord sur une aromatique un peu mate, il se révèle progressivement mais sans exubérance. Petit fruit rouge à noyau, touche acidulée. La bouche se campe sur un joli velouté, enrobant, tendre, qui vient tapisser la bouche sans la moindre aspérité de tanins. Jolie maîtrise technique sur ce millésime.

Château Grand-Puy-Lacoste (5ème GCC 1855)

Une vinification un peu à l’ancienne révèle des tanins légèrement accrocheurs, sans compromettre l’essentiel, à savoir un fruit rouge intense doublé d’un zeste de fraîcheur. Le charme est assuré par des notes de torréfaction au nez et une finale un peu acidulée. Un classicisme qui lui va très bien.

Château Lafite Rothschild (1er GCC 1855)

La profondeur racée du nez nous annonce tout de suite où nous sommes. Il y a de l’ancrage et de l’encrage, dans ce vin dense et frais, à la concentration juste, brillante et limpide, teinté de notes florales épatantes (rose, pivoine). La bouche est un concerto pour piano et orchestre, la virtuosité, la puissance et l’harmonie : vibration tactile, résonance, force jugulée, densité aérienne, le silence qui suit est encore du Lafite. Le grain poudré des tanins est une partition en soi, c’est un grand vin qui avance sur la pointe des pieds mais qui nous promet de grandes choses pour l’avenir. Quelle longueur !

Château Lynch-Moussas (5ème GCC 1855)

D’abord sur une réserve toute médocaine, il étire gentiment son fruit à point teinté de menthol, sans exubérance mais avec netteté. La matière est très 2023, pas débordante mais bien tressée en droiture, sur une ligne acide bien saillante qui vient jaillir sous la chair ferme. Les tanins ont un poil de grip, ce qui donne au vin une finale légèrement accrocheuse mais tout devrait se fondre avec un peu de garde. L’ensemble est digeste et distingué.

Château Mouton Rothschild (1er GCC 1855)

Velouté à souhait, suspendu, tendre, satiné, c’est Mouton dans ses œuvres, mûr et frais, conjuguant force et délicatesse, l’élégance d’un velours de fruit océanique déroulant lentement sa vague aromatique et tactile. La matière est d’un superbe crémeux, souverain, imprégné de tanins nobles, le cabernet aristocratique dicte sa loi sur une aromatique à la fois cassis et graphite, tout est en place et se déroule de manière caressante, méticuleusement tressée. De l’orfèvrerie.

Château Pédesclaux (5ème GCC 1855 / BIO)

Expression centrée sur la cerise, relevée par une acidité vive et quelques touches florales et de cassis. La bouche, juteuse et bien dessinée, s’appuie sur une tension nette qui annonce un vrai potentiel de garde. La maîtrise technique se ressent dans la précision du fruit et la finale légèrement mentholée.

Château Pichon Baron (2ème GCC 1855)

Une note d’élevage et de fines touches grillées se profilent sur le fruit profond, teinté de chocolat noir, d’épices fines et de grain de café qui composent un registre affirmé, sensuel, généreux. La structure, d’une remarquable architecture, vise clairement la garde. La rencontre de la force et de l’élégance, dans une interprétation millimétrée du millésime 2023.

Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande (2ème GCC 1855)

Joli velouté en approche, léger toasté, à l’aération on gagne en menthol, en touche de résine de pin, en floral délicat. Mais l’aromatique est finalement moins importante que la recherche sur la texture : tressée en dentelle, en précision, sur une définition ultra-méticuleuse qui se dissémine sur la longueur. L’élégance même, le velours suspendu, qui vient électriser la bouche et se conclut sur l’agrume, la groseille, et une légère empreinte d’élevage qui devrait se fondre.


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