Laurent Marti, homme d’affaire dans le secteur du textile et président de l’UBB (Union Bordeaux Bègles), vient de faire l’acquisition du Château Picque Caillou, en appellation Pessac-Léognan, jusqu’alors détenu par la famille Denis. Comme si les défis du Top 14 ne suffisaient pas, il en relève donc un autre et pas des moindres, celui de la viticulture.
En 1928, la ville de Mérignac comptait une vingtaine de producteurs de vin. Depuis, l’urbanisation galopante a eu raison de ces exploitations à l’exception des Châteaux Luchey-Halde et Picque-Caillou qui conserve 25 hectares de vignes d’un seul tenant plantées sur un sol de graves au bord desquelles se dresse en majesté le château du XVIIIème siècle. Un site et une situation pour le moins séduisants…
Laurent Marti rassemble vite ses idées : « Cela fait 11 ans que je visite des propriétés. C’est donc une vieille idée que j’ai eu le temps de mûrir et d’analyser. Et dès le départ, c’était Pessac-Léognan pour deux raisons. La première, c’est que j’aime beaucoup les vins de Pessac-Léognan. La deuxième, c’est que, déjà très pris par mes activités professionnelles et le club de rugby, je souhaitais ne pas être trop loin de mon domicile, voire du bureau de Bègles (ndlr : l’UBB). »
Laurent Marti a donc attendu longtemps avant qu’une opportunité se présente. « Picque Caillou, c’est un château que j’avais repéré. Je passais souvent devant en me disant : celui-là, ce serait l’idéal. Et un jour, c’est arrivé : j’ai sauté sur l’occasion, parce que là, ça cochait toutes les cases. » C’est-à-dire ses passions pour le vin, la pierre et la nature. Et le domaine ne manque pas d’atouts.
Comme tout bon entrepreneur, Laurent Marti n’a pas acquis ce domaine sans vision. Le château aura une fonction : il contribuera à l’image, car il ne manque ni d’allure ni de références. Il fut construit en 1756 par l’architecte Jean Laclotte, un acteur majeur du Bordeaux des Lumières, qui a édifié des hôtels particuliers, des maisons de négociants, mais aussi des châteaux viticoles. Un atout qui n’a pas échappé à Laurent Marti, tout comme le potentiel du terroir.
Quant au terroir de graves sableuses, très drainantes, qui produit jusqu’à présent des rouges fins, classiques, plutôt élancés, et des blancs tendus, dominés par le sauvignon, il présente un profil idéal pour la progression qualitative des vins.
Stéphane Dief, le nouveau directeur technique, vient de Clos Manou (une référence en Médoc). « Je m’attendais à trouver des vins moins bons qu’ils ne le sont en réalité. Ils sont d’un bon niveau, surtout les blancs, mais les rouges sont perfectibles, dans un autre style, avec un peu plus de volume et de chair. »
Peggy Plouhinec, la nouvelle directrice générale, motivée à souhait, complète : « Cela restera un vin de consommation. On est à Pessac-Léognan, on veut conserver cette délicatesse, cette élégance. Et il faut que le vin soit accessible, agréable jeune, tout en ayant de la garde. Mais l’un peut aller avec l’autre. ». Une ligne de crête dictée par le goût du consommateur.
Un nouveau profil se dessine donc pour le vin rouge. Quant à la commercialisation, Peggy et Laurent sont en phase sur la stratégie de développement de la clientèle privée. Il s’agit de rééquilibrer la dépendance au négoce sans le remettre en cause. Peggy Plouhinec apporte un atout clé : 20 ans de négoce, Europe, Russie, Asie. Une connaissance fine des circuits et des marchés, très utile pour repositionner le cru. Mais d’autres projets seront développés.

La situation géographique — aux portes de Bordeaux — ouvre un potentiel évident. Mais Laurent Marti se défend de toute stratégie opportuniste et ne veut pas de flux massif. Le projet, à taille humaine, prévoit la construction d’une « nouvelle boutique qui présentera nos vins, mais aussi d’autres vins et des produits régionaux ».
Pour compléter ce projet, une rénovation respectueuse du château est prévue, ainsi qu’un agrandissement des chais pour un œnotourisme maîtrisé « sans bling-bling ». « Nous allons agrandir le cuvier et les chais, ainsi que construire une salle d’accueil. Une des pièces du château sera aussi réservée aux repas de séminaires », annonce Laurent, animé par une volonté de dynamiser l’œnotourisme grâce à la situation géographique exceptionnelle du domaine, à dix minutes du stade Chaban-Delmas.
Toutefois, la capacité d’accueil a été volontairement limitée pour « ne pas dénaturer le lieu et en faire une usine à séminaires ». Un accueil du public qui se veut maîtrisé. Cette volonté s’appliquera également aux promeneurs et joggeurs qui, jusqu’à présent, pouvaient traverser librement la propriété. « Le vignoble sera clôturé et fermé au public. La raison principale est la mise en place de l’agroécologie, avec des moutons en pâturage l’hiver. Cela nécessite de sécuriser la propriété pour éviter que les animaux ne s’échappent », argumente Laurent, intéressé par ces pratiques qu’il compte mettre en place « par conviction, pas pour un label. J’ai interrogé du monde et le bio est trop compliqué sous notre climat océanique », tranche-t-il. Le personnel ne sera pas oublié, comme en témoigne le vaste potager récemment mis en place, dont les employés bénéficieront.
En filigrane, on devine une lecture lucide du marché. Laurent Marti évoque sans détour le « Bordeaux bashing. Bordeaux reconnaît les erreurs passées, mais appelle à une réévaluation. Un Bordeaux qui s’est remis en question ». Lucide et ambitieux à la fois Laurent Marti rêve légitimement pour Pique-Caillou d’un bel avenir. Sa passion, doublée de la motivation de sa nouvelle équipe, devraient permettre de transformer l’essai !

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