Truffes et Vinsobres blancs à l’unisson

L’insolite appellation drômoise s’amuse de l’oxymore tout en prenant au sérieux son avenir. Elle mise désormais sur le blanc. En attente de la sacralisation officielle par l’INAO qui la mettra à égalité du rouge, dont on célèbre les 20 ans cette année. Ce terroir nordiste révèle d’autres richesses, par exemple la truffe. Accord gourmand garanti !

À 10 km de Nyons, les parcelles de l’AOC Vinsobres regardent toutes le mont Ventoux. 1375 hectares de vignes et autant de bois font sa seconde singularité. Le paysage, entre coteaux et plateaux qui culminent à 420 mètres d’altitude exposés sud-est et sud-ouest, renferme une multiplicité de composantes. Marnes, cailloutis, sables, du Miocène au Pliocène, jusqu’au Quaternaire s’étagent selon les quartiers. La culture de la vigne se complète de lavandes, d’oliviers et de chênes truffiers qui y prospèrent. 

Désolé pour le Périgord

Sachez-le, le champignon ne pousse plus vraiment dans le Périgord. La production est de loin la plus importante dans cette zone méridionale, entre nord Vaucluse et sud Drôme. Jusque dans les années 1950, vigne et chêne étaient ici à l’équilibre. Les truffes alimentaient les producteurs de foie gras Périgourdins. Désormais, sur ce petit périmètre de 20 km, on produit 85 % de la truffe française. Seuls 15 % poussent dans le sud-ouest, entre Lot et Quercy. Pierre-André Valayer, courtier-négociant en truffes, maire de Richerenches dans l’Enclave des papes, explique que : « le marché hebdomadaire de Richerenches est le plus important marché professionnel, avec 60 % de la production qui y transite. Jusqu’à 800 kg de Tuber melanosporum peuvent se vendre dans une journée ». 

Le rouge n’aime pas le noir

Sol et sous-sol révèlent du grenache, syrah et autre mourvèdre. Les Vinsobres rouges surfent sur la gourmandise et la fraîcheur et prennent également de l’étoffe à l’élevage. Béton, barrique, foudre, demi-muid, au gré des attentes des vignerons, complexifient et assouplissent des vins qui révèlent leur belle personnalité dès qu’ils prennent un peu d’âge. Parfait exemple avec la cuvée Saint-Pierre 2017 du domaine Saint-Vincent, qui a traversé le temps sans se dépouiller de ses jeunes attributs, gardant sa souplesse et s’ouvrant sur des arômes de truffe. Idéal pour accompagner la tuber melanosporum, pensez-vous ? Et bien non, c’est tout le paradoxe. Amateurs de beaux accords, privilégiez les vins blancs. Qu’ils soient sur la fraîcheur ou la rondeur, ils subliment les arômes sauvages du champignon. 

Vinsobres aime le blanc

Comme Gigondas, officialisé l’année passée, et à l’instar de Rasteau qui avance sur le même chemin, la demande de la reconnaissance de l’AOC Vinsobres en blanc est dans les mains de l’INAO. Une « simple » extension, exclusivement sur l’aire, car le périmètre ne sera pas modifié, donnera un peu plus de visibilité au cru. « Depuis plus de dix ans, la production de vins blancs connaît une croissance soutenue, plus de 21 %, nettement supérieure à la moyenne régionale. Près de 50 hectares de cépages blancs (grenache, clairette, viognier, marsanne, roussanne) sont plantés (5 % de blancs sont admis dans les rouges) et une quarantaine de producteurs engagés », explique Richard Jaume, le vigneron qui pilote le dossier.  Seuls quelques cépages complémentaires, picpoul, clairette rose, grenache gris, bourboulenc et rolle intègrent le cahier des charges. 

Terre de Vins aime 
Les rouges

Domaine Serre-Besson – Vinsobres 2021 – 17€ – AB

Générosité des fruits mûres, ampleur combinée à une fluidité et une souplesse déconcertantes, voici un très joli vin qui s’étire sur des arômes de réglisse et de badiane. Le vieillissement en barriques de la syrah est imperceptible. Victor et Xavier bichonnent les 4,5 hectares de leur domaine avec passion.

Cuvée Mosaïque – Domaine Autrand – Vinsobres 2023 – 9,50€

35% grenache, 35% syrah, 20% mourvèdre, 10% carignan. Un nez de fruits noirs et d’olive noire. L’attaque vaillante est maîtrisée. Les tanins sont fluides et enrobants, la finale poivrée et saline.

La Cadène – Domaine Chaume Arnaud – Vinsobres 2023 – 15,50€ – Demeter

Des fruits légèrement acidulés  qui propulsent la bouche sur toute la longueur. La finale redevient chaleureuse sur des notes poivrées. 

Domaine du Tave – Vinsobres 2022 – 11€

70% de grenache et 30% de syrah. Audrey Latard nous gratifie d’une très jolie cuvée, où mûre et framboise s’associent. En bouche, les fruits confiturés et les épices dominent, l’élevage est bien maîtrisé.


Les blancs
Toutes les cuvées sont à ce jour, en AOC Côtes du Rhône ou Côtes du Rhône Villages

Domaine Saint Vincent – 10€ – AB

Viognier, grenache et marsanne égrappés, passent en pressurage direct permettant une extraction des jus. L’élevage en fûts de chêne de 225L s’étale sur 6 mois. Fin et floral, on distingue la pêche et des agrumes légers qui animent le palais zesté, vif, exotique et salin.

Domaine du Moulin – 2024 – 11,50€ – HVE

Viognier 55%, clairette 40% et roussanne 5%. Au nez, l’abricot fait jeu égal avec l’agrume, la bouche préfère le trait zesté. Le plaisir s’installe, on en redemande. 

Référence – Domaine Jaume 2024 – 15,50€

Grenache, marsanne, roussanne, clairette, viognier offrent la pêche et les fleurs blanches, dans un univers vanillé fort agréable. Un joli gras puis la fraîcheur saline apportent le pep’s et une finale citronnée, élevage sur lies fines en barriques durant 8 mois.

Le Haut des Côtes – Domaine Vallot 2024 – 16€ – Demeter

Viognier 60 %, grenache 25 % , clairette 15 %.  Après pressurage et débourbage, le moût est mis directement en barrique pour une vinification lente. Puis le vin est bâtonné régulièrement jusqu’à l’assemblage définitif. Fleur de genêt légèrement fanée, pêche jaune, rayon de miel ouvrent une bouche acidulée. La rondeur s’installe, s’amplifie puis la salinité arrive en rétro olfaction.



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