Dernier cru des Côtes du Rhône, l’AOC gardoise Laudun a la force de son collectif et de ses ambitions. Alors que Luc Pélaquié cède sa place de président après trente ans de bons et loyaux services, on se replonge dans son passé pour appréhender son avenir. Avec une jolie dégustation, à l’aveugle, des premiers millésimes classés.
Après un long périple de presque 80 ans, l’AOC Laudun devenait, le 23 novembre 2024, le 18ème cru des Côtes du Rhône. Pour Luc Pélaquié, le président du syndicat des vignerons, et avant lui son grand-père qui a exercé les mêmes fonctions, ce fut un travail de longue haleine et un bras de fer avec le Syndicat général des Côtes du Rhône et le baron Le Roy. Car, si en 1947, le tribunal d’Uzès « reconnaît par jugement l’existence d’une aire parcellaire recouvrant les communes de Laudun-l’Ardoise, Saint-Victor-la-Coste et Tresques et considérant que les vins qui en sont issus peuvent être commercialisés sous la dénomination “Laudun” », la décision ne fut pas entérinée. Par souci d’apaisement, la mention Laudun s’affiche finalement sur les étiquettes en 1953 et les vins bénéficient de la mention Côtes du Rhône Villages Laudun, avec 19 autres communes, 14 ans plus tard. Oublions le passé, place à l’avenir.
Symphonie en blanc majeur
L’aire de délimitation a donc reçu son coup de sécateur, passant de 3 000 hectares à 1 150. Les 584 hectares en production s’étalent sur les coteaux des communes de Tresques, Laudun-l’Ardoise et Saint-Victor-la-Coste, sur la rive droite du Rhône. Ils sont installés sur des banquettes argilo-calcaires, des sols sableux, des galets roulés sur matrice limono-argileuse et des épandages caillouteux de calcaire dur. Ces expositions nordiques sont des atouts dans la recherche d’acidité et de fraîcheur. Car si le rouge domine (73 %), c’est bien le blanc qui fait la singularité des terroirs de Laudun. Grenache, clairette, roussanne, viognier, bourboulenc, marsanne, picpoul et ugni entrent dans la composition des vins.
Pour les rouges, on retrouve grenache, syrah, mourvèdre, brun argenté (dénommé aussi camarèse ou vacarèse), carignan, cinsault, counoise, muscardin, picpoul noir, terret, bourboulenc, clairette, grenache blanc, roussanne, viognier, marsanne, picpoul blanc et ugni. La palette est large et tous les producteurs (une vingtaine de domaines, une dizaine de maisons de négoce et 6 caves coopératives) ne sont pas encore tout à fait dans les clous de l’encépagement. Ils ont 10 ans pour le faire. La dégustation de 23 cuvées aligne de jolis profils de vin et une réelle cohérence. Voici notre sélection.
@MPDelpeuch
Laudun Blanc 2025
Couchant – Vignerons Propriétés Associés | 11,60 € (HVE) Un assemblage roussanne (29 %), clairette (27 %), grenache blanc (27 %) et marsanne (17 %). Son registre floral s’associe à la badiane. L’attaque est salivante, avec une belle amertume où l’on retrouve les notes anisées, à quoi s’ajoute un zeste de citron vert dans une finale saline.
Château de Bord | 16 € (HVE) La famille Brotte se distingue à chaque dégustation. Cet opus aux arômes de fruits jaunes à noyau câline les fruits exotiques et le genêt ; ses légères notes miellées attestent d’un joli boisé issu d’un élevage sur lies fines pendant 8 mois en amphores, fûts de chêne français et cuves béton. Le fenouil ouvre la bouche, suivi d’une ribambelle de fleurs. Entre gourmandise et tension.
Maestral – Domaine des Maravilhas | 16 € (AB) La clairette majoritaire vivifie le palais avec son zeste de cédrat. Sa belle tenue équilibrée confirme un style fait de fluidité et d’appétence.
Domaine Pélaquié | 10 € (HVE) Un incontournable qui se confirme à chaque dégustation. Les cépages récoltés à pleine maturité et fermentés séparément sont assemblés et patientent 4 mois sur lies fines. Élégant, enveloppant, ses fruits jaunes se mêlent d’agrumes subtils. L’amertume ouvre la bouche, suivie par les zestes, puis arrive la plénitude.
Laudun Blanc 2024
Domaine Pélaquié – Cuvée Joseph | 26 € (HVE) Abricot sec, miel : les notes de torréfaction s’associent à celle, pétrolée, de l’oxydation qui débute son œuvre. La bouche charnue dévoile son beau caractère, tout en équilibre. Intéressant de voir l’évolution.
Laudun Rouge 2025
1925 Cuvée Centenaire – Maison Sinnae | 25 € (HVE) Une sélection parcellaire où le grenache côtoie la syrah, le cinsault, le carignan et le mourvèdre. Un univers subtil de fruits noirs et de mûre. Ils s’affirment en bouche avec le zan et le poivre, générateurs de fraîcheur finale.
Laudun Rouge 2024
Domaine de Rabussas | 7,50 € (HVE) David Givaudan vinifie ses raisins et ceux de Bernard Perret du domaine Rabussas. Les fruits noirs (cassis, myrtille, sureau) sont voluptueux. La bouche en est marquée généreusement avant de décliner des épices et de la réglisse. Les tanins sont aboutis, la finale tendue.
Sol et sens – Les Vignerons des 4 chemins | 9,50 € Engageant dès l’ouverture, il offre jeunesse et fraîcheur autour de la groseille et du tabac blond. Les fruits noirs réglissés assurent une belle personnalité.
Domaine Fleur de Corrence | 32 € Le directeur technique de la cave au Cellier des Chartreux est le propriétaire de ce petit domaine. On fait abstraction du tarif qui s’explique par la confidentialité du produit. Les très vieilles syrahs sont plantées sur safres au nord et les grenaches sur des marnes. Les fruits rouges se confiturent, flirtant avec la pivoine, la rose et la violette. Sa belle jeunesse réglissée, épicée et poivrée est tentatrice. Les tanins requièrent encore un peu de patience. À garder.
Les Coteaux – Château Saint-Maurice | 14,50 € (AB) On plonge dans la crème de cassis, baignée d’essences de garrigue, pour surnager dans la générosité et la rondeur. La syrah décoche zan et poivre de Sichuan qui n’oblitèrent pas la sensation de fraîcheur.