Au Carreau du Temple, Ruinart et Eva Jospin s’apprêtent à faire un carton !

On connaissait l’artiste Eva Jospin pour sa collaboration avec la Maison Christian Dior, c’est désormais l’univers de la Maison Ruinart qu’elle vient enchanter. Pour qui a déjà visité les crayères labyrinthiques sculptées dans la craie de la plus ancienne marque de champagne, la rencontre avec cette plasticienne de talent était écrite d’avance. Elle a donné lieu à une exposition (Promenade(s) en Champagne) que vous pourrez découvrir ce weekend au Carreau du Temple à Paris.

Dans la famille Jospin, on connaît évidemment Lionel, le premier ministre à la mine sévère. Mais le clan se distingue aussi par ses nombreux artistes. Son demi-frère, Maurice Jospin, était un fameux jazzman, sa sœur Noëlle Châtelet, épouse du philosophe François Châtelet, a mené une triple carrière de sociologue, romancière, et comédienne. Quant à sa fille Eva Jospin, née de sa première union avec Elisabeth Dannenmuller, elle fait partie des artistes plasticiens les plus en vue de la capitale. Passée par l’Ecole des Beaux-Arts, ancienne pensionnaire de la Villa Médicis, elle a développé une œuvre très originale s’appuyant sur un matériau singulier, le carton, avec lequel elle réalise de magnifiques sculptures. En collaboration avec Ruinart qui lui a donné pour l’année 2023 « carte blanche » pour créer une œuvre inspirée de son univers, elle exposera tout le weekend au Carreau du Temple à Paris.

Lors de l’inauguration qui s’est tenue mercredi autour d’un repas imaginé par le chef Arnaud Donckele, Frédéric Dufour, le président de la Maison, a confié que s’il peut arriver que le choix de l’artiste suscite des débats enflammés dans les équipes, celui d’Eva Jospin a immédiatement fait l’unanimité tant son approche est en symbiose avec celle de la marque. L’un des leitmotivs de l’œuvre d’Eva réside en effet dans ses sculptures de palais abandonnés sur lesquels la nature reprend ses droits, à la manière de ces ruines envahies de lianes et d’arbres que l’on retrouve si souvent dans les jardins et les tableaux romantiques. Eva met ainsi en évidence la façon dont l’usure du temps peut donner une patine aux anciens monuments et paradoxalement les embellir en les nimbant de mystère. N’est-ce pas justement le même phénomène que l’on voit à l’œuvre dans le vin lorsqu’on le fait vieillir ? En savourant ainsi le Dom Ruinart 2010, on s’aperçoit que l’usure du temps, loin d’altérer comme on pourrait s’y attendre les arômes, les sublime, les polit, pour les faire évoluer vers des notes plus confites, plus grillées, plus rondes… 

© Adrien Dirand

Comment ne pas songer aussi à l’univers onirique des crayères lorsque l’on contemple les escaliers infinis qui relient les palais oubliés créés par Eva Jospin ? Ils rappellent inévitablement ces centaines de marches sculptées dans la craie qui descendent dans la profondeur des caves. L’emploi du carton, comme le souligne l’artiste elle-même, fait lui aussi écho à l’univers de ces galeries souterraines à travers le jeu d’ombres et de lumières que forment ses alvéoles. Quant aux centaines de strates de ce matériau qui s’empilent dans ses sculptures, elles évoquent les coteaux champenois, constitués d’une multitude de couches sédimentaires qui nourrissent les vignes. 

Il n’est pas jusqu’à la technique employée par l’artiste qui ne résonne avec le savoir-faire des viticulteurs champenois. En effet, lorsqu’Eva Jospin reconstitue la forêt de pins qui domine le vignoble historique de la Maison à Taissy, elle travaille au scalpel pour découper une à une dans le carton les branches avant de les relier entre elles. Le labeur du vigneron taillant sa vigne au sécateur pendant les longs mois d’hiver n’est guère éloigné.

Pour célébrer sa rencontre avec la Maison Ruinart, outre plusieurs sculptures en carton, Eva Jospin a également imaginé une Carmontelle. Elle rend ainsi hommage au siècle des Lumières qui a vu cette technique ancêtre du cinéma voir le jour au même moment où le champagne Ruinart était fondé (1729). Sur cette frise que l’on déroule, Eva a voulu souligner le dialogue étonnant en Champagne entre le sous-sol et la surface. La cathédrale de Reims a ainsi son pendant dans l’immense cathédrale souterraine que forment les crayères, les minces striures en filigrane venant nous rappeler celles laissées par les pics des carriers sur les parois en craie des essorts. Symétriques, ces deux mondes sont réunis par le fascinant entrelacs des racines et des branches de vignes. 

© BFOUGEIROL

Dans cette exposition, la finesse des dessins, leur sens du détail, se rapprochent de l’art de la dentelle et épousent sans peine le style délicat des vins d’une Maison où le chardonnay est roi. Rappelons ici que l’on doit cette orientation à son ancien président, Bertrand Mure. A une époque où les champagnes étaient davantage marqués par la puissance du pinot noir, ce patron visionnaire avait voulu proposer un vin plus aérien dont il s’amusait à dire que l’on devait pouvoir le déguster dès 9 heures du matin !  La cuvée « blanc de blancs » de la Maison en est la plus belle expression. Pour en apprécier toute la quintessence, le mieux est évidemment de la déguster en jéroboam, un format qui ralentit l’oxygénation et garde au champagne la fraîcheur et l’éclat de ses notes d’agrumes. Eva Jospin a conçu pour cette cuvée d’exception un coffret tout aussi exceptionnel, en édition limitée (il en existe seulement 25, prix 3500€). L’intérieur composé de lamelles de carton soigneusement découpées et assemblées offre un écrin sophistiqué reprenant la forme d’une crayère.

Exposition du 10 au 12 Mars, Réservation sur : www.ruinart.com

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