Champagne Alexandre Bonnet : prince des Riceys - Routes des vins

Champagne Alexandre Bonnet : prince des Riceys

Dans le groupe Lanson BCC, le Domaine « Alexandre Bonnet » constitué de 47 hectares aux Riceys est un peu à part avec une philosophie qui nous rappelle que les Ricetons, tout Champenois qu’ils sont, restent d’irréductibles bourguignons. Arnaud Fabre, son président, nous en dit plus.

Quelle est l’histoire d’Alexandre Bonnet ?

C’est l’histoire d’une famille d’agriculteurs qui sent, dans les années 1950, que quelque chose se passe autour du champagne et de la vigne dans l’Aube. Par son mariage avec la famille Noble, elle a acquis quelques parcelles et commence à investir jusqu’à posséder 35 hectares aux Riceys dans les années 1980. D’abord Récoltante-Manipulante, la demande est telle qu’elle prend une carte de négoce pour se retrouver, dans les années 1990, avec 200 hectares d’approvisionnement et un domaine de plus de 45 hectares ! La nouvelle génération ne veut cependant pas reprendre. Moët & Chandon est très intéressé mais c’est Bruno Paillard et Philippe Baijot qui remportent le morceau. La raison ? Ils ont promis de garder le personnel et de continuer à faire vivre la marque. Dans un premier temps, l’objectif reste cependant de récupérer les approvisionnements pour le développement des autres maisons du groupe. Pendant des années, la marque vivote sauf en Suède et en Norvège où, grâce à une agence qui l’a repérée, elle devient respectivement la quatrième et la deuxième marque la plus vendue. A mon arrivée en 2019, nous avons scindé les deux activités en recentrant Alexandre Bonnet sur ses origines, c’est-à-dire son vignoble propre des Riceys, tout en continuant l’activité de négoce mais sous la marque Ferdinand Bonnet.

Quel est le style de vos vins ?

Il s’agit d’un domaine. Nous tenons à ce terme. Il signifie que nous nous approvisionnons exclusivement sur les vignes que nous exploitons. Chez nous la star n’est pas le chef de caves mais le chef de culture, nous considérons que c’est d’abord lui qui fait le vin. La notion de domaine renvoie aussi à une surface plus grande que celle d’un RM, qui travaille habituellement plutôt sur trois ou quatre hectares. Or, un de nos avantages est de pouvoir intéresser des distributeurs qui recherchent à la fois de vrais vignerons mais avec en même temps une capacité volumique pour répondre aux besoins de leurs marchés. Enfin, le mot « Domaine », peu employé en Champagne, est un clin d’œil à la Bourgogne, toute proche aux Riceys. Le savoir-faire de cette région se métisse ici à celui des Champenois. En effet, à la différence des Maisons de Champagne où le vin se fait d’abord en cave, et davantage comme les Bourguignons, nous ne cherchons pas à obtenir un style propre, mais celui du terroir que nous travaillons, les Riceys, dont nous voulons simplement être la plus belle expression. D’où des vinifications peu interventionnistes qui sont même depuis deux ans sans sulfites. Notre gamme tourne aussi de ce fait beaucoup autour du pinot noir qui constitue 93 % des vignes. Nous avons une dizaine de variétés de ce cépage, champenois, bourguignon, en grappes compactes ou en grappes lâches, issu de sélections clonales et massales, dont une historique des Riceys commencée par les frères Bonnet que nous continuons à perpétuer. En 100 % pinot noir, nous élaborons six cuvées, trois champagnes (un blanc de noirs, un rosé d’assemblage, un rosé de saignée), et trois vins tranquilles (un rosé des Riceys, un coteau rouge et un coteau blanc de noirs). Je n’ai pas trouvé un seul endroit au monde où on pouvait, sur un seul et même lieu, élaborer autant de vins différents à partir d’un seul et même cépage. Il est vrai que nous sommes sur le cru le plus vaste de la Champagne (843ha) qui possède toutes les expositions.

Le pinot noir a ici un fruit généreux et en même temps une élégance, une dimension florale, que l’on retrouve rarement ailleurs. Il a converti plus d’une personne qui ne jurait que par le blanc de blancs. Nous recherchons un équilibre entre un fruit plutôt mûr et une fraîcheur qui n’est pas faite d’acidité mais de minéralité. C’est cette salinité qui va équilibrer la générosité.

Vous menez également un travail de recherche sur les cépages rares…

Nous avons planté une parcelle avec les sept cépages dont nous tirons une cuvée. Pour notre blanc de blancs, il aurait été absurde de partir du chardonnay, on en produit déjà de très bons sur la Côte des blancs ! Nous avons préféré mettre en avant le blanc vrai qui est le cépage blanc historique de la côte des Bar. A l’avenir nous l’assemblerons peut-être avec l’arbane, très complémentaire. Le blanc vrai part sur des arômes exotiques, il est plus large, alors que l’arbane, plus droit, est davantage citrique et floral. L’arbane répond bien par ailleurs aux problématiques du réchauffement, dans la mesure où il est plus tardif et plus acide. Son seul défaut, c’est son faible rendement mais pour nous ce n’est pas un problème !

www.alexandrebonnet.com

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