Des vignerons séduits par l’agrivoltaïsme face aux aléas du climat 

Pour préserver ses ceps des épisodes de canicule, de grêle ou de gel tardif, un vigneron de Charente-Maritime vient d’en planter quatre hectares sous des panneaux photovoltaïques. Cette pratique naissante suscite pourtant « appréhension et débats » au sein du monde viticole.

« Chaque année, je perds 5 à 10 % de ma récolte à cause de l’échaudage, les chaleurs brûlent le raisin », explique David Moreau, 45 ans, producteur de cognac à Saint-André-de-Lidon, au sud de Saintes. « En cas de grêle, en mettant les panneaux à plat, 70 à 80 % des vignes sont sauvées. Et ça me donne 90 % de chances d’être épargné par le gel », ajoute-t-il.

Ces données prometteuses sont fournies par Sun’Agri, la filière agrivoltaïque du groupe Eiffage qui a conçu et installé les 6 000 panneaux du projet. Orientables à distance pour alterner l’ombre et le soleil selon les besoins précis de la plante, ces équipements affichent un coût de quatre millions d’euros.

Cinq mètres sous cette vaste structure métallique, le viticulteur a planté ses rangs d’ugni blanc. La centrale agrivoltaïque a été inaugurée début mai — une première dans le département pour le secteur viticole —, alors même que la filière du cognac, en crise, annonçait un vaste plan d’arrachage.

Un loyer garanti sur trente ans

Le produit de la vente d’électricité — « l’équivalent de la consommation de 800 à 1 000 familles par an », selon l’entreprise — revient à un investisseur. En contrepartie, ce dernier verse un loyer de 600 euros par an à l’agriculteur, sur une durée de 30 ans.

« Le pilotage des panneaux est assuré par Sun’Agri en temps réel grâce à un logiciel », à partir d’une modélisation de la croissance de la plante et des données météorologiques enregistrées par des capteurs sur la parcelle. « Mais le viticulteur peut prendre la main, par exemple en cas de grêle », souligne Boris Marchal, directeur des affaires publiques de Sun’Agri.

L’entreprise affiche aujourd’hui « une vingtaine de projets » similaires autour de la Méditerranée, dans la vallée du Rhône et en Nouvelle-Aquitaine. En revanche, « plus au nord, l’intérêt de protection climatique n’est pas avéré », précise le responsable.

Favorisés par la loi APER (relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables), ces systèmes font l’objet de nombreuses expérimentations. C’est le cas de Vitivolt en Val-de-Loire ou de Vitisolar, un programme lancé par l’INRAE à Villenave-d’Ornon, près de Bordeaux — tous deux programmés jusqu’en 2028.

Dans les Pyrénées-Orientales, le domaine de Nidolères fait figure de pionnier avec 4,5 hectares de vignes plantées sous un dispositif agrivoltaïque dès 2018. « Leurs retours sur les rendements sont très positifs », relève David Moreau, qui prévoit ses premières vendanges sous structure en 2029.

Le défi de l’impact paysager et des AOC

Le développement de la filière se heurte toutefois à la réglementation en vigueur, qui interdit depuis 2002 toute couverture des vignobles en Appellation d’origine contrôlée (AOC) ou Indication géographique protégée (IGP) — ce qui représente 95 % de la production nationale.

Mais « il est possible d’y déroger en réalisant des expérimentations », nuance Christian Paly, président du comité vins et spiritueux à l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO).

Certaines AOC proscrivent pourtant catégoriquement l’agrivoltaïsme dans leur cahier des charges. L’appellation Côtes-du-Rhône l’a ainsi fait à l’automne dernier, invoquant notamment une « défiguration paysagère ».

De son côté, l’interprofession du cognac arrêtera sa position définitive en fonction des résultats des évaluations en cours sur l’impact « paysager, qualitatif, économique et réglementaire ». En attendant, le producteur de Saint-André-de-Lidon sait qu’il ne pourra récolter que du « vin sans indication géographique ».

Pour le responsable de l’INAO, « dans une stratégie nationale d’adaptation au changement climatique, il ne faut pas balayer d’un revers de main le photovoltaïque, à condition d’expérimenter et d’encadrer ».

La FNSEA, syndicat agricole majoritaire, voit elle aussi la filière d’un bon œil :

« Cela permet de produire de l’électricité pas chère et ça améliore visiblement la qualité de la production », estime Olivier Dauger, administrateur de la FNSEA et coprésident de l’association France agrivoltaïsme.

« Il y a une appréhension et des débats internes aux AOC car il n’y a pas encore de recul… Il faut rassurer les gens, il ne va pas y avoir des panneaux partout », ajoute-t-il.

À l’horizon 2050, les projections les plus optimistes ne concernent en effet que 0,5 % de la surface agricole française, tous secteurs confondus.

Article écrit avec l’AFP.


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