Le Crémant avec panache chez Langlois

Des Mauges au Saumurois, François-Régis de Fougeroux a transposé la culture du travail choletaise au cœur de la bulle ligérienne. Directeur général de Langlois depuis 2008, il conduit cette maison sous l’égide du Groupe Bollinger avec une exigence de précision héritée de ses racines. Sous son impulsion, l’entreprise franchit en 2025 le cap de la certification biologique pour l’ensemble du vignoble. Retour sur son parcours.

En 2001, il intègre Langlois pour y faire ses classes. Auprès de Michel Villedey, directeur général de la maison depuis son rachat par le Groupe Bollinger en 1973, il gravit les échelons jusqu’à prendre sa succession en 2008. Bien que sous l’égide d’un groupe d’origine champenoise, la marque suit une trajectoire ligérienne avec une indéfectible constance. La cuvée Quadrille, devenue Cadence, revendique la rigueur et la persévérance pratiquées au Cadre noir pour rassembler les chevaux. Cette école de la précision, aux abords austères, permet d’élaborer des crémants avec un panache sans cesse renouvelé. 2025 marque d’ailleurs un nouvel aboutissement : le vignoble maison est désormais entièrement certifié en agriculture biologique. Loin de la frivolité, la qualité Langlois se construit sur le temps long, c’est tout le sens de l’engagement de plus de vingt ans de François-Régis de Fougeroux dans cette maison.

Qui était François-Régis avant Langlois ?

Je suis fils d’agriculteur. Je viens d’une terre d’élevage dans les Mauges, près de Cholet. Ce secteur est très différent de la Loire viticole, avec son paysage fermé par des bocages. C’est une terre riche, argileuse, très arrosée avec plus de 800 mm de pluie par an. L’exploitation familiale était surtout consacrée à l’élevage de charolais, même si mon père a aussi élevé des volailles, des moutons et cultivé des céréales. J’ai commencé très jeune à participer aux travaux de la ferme. Mon père n’hésitait pas à me réveiller au beau milieu de la nuit pour un vêlage. Encore aujourd’hui, je me sens connecté à ce terroir, à l’exploitation familiale, à ces terres et à l’histoire du Choletais. Le domaine familial se situe non loin du cimetière des martyrs d’Yzernay, dans la forêt de Vezins. Quand tu grandis dans cette atmosphère, imprégnée de l’esprit vendéen, tu es marqué à vie, tu as ça dans le sang.

Et pourtant tu n’as pas repris l’exploitation familiale…

J’aime cette terre, mais je trouvais la situation de mon père frustrante. Il était passionné par son métier, se donnait à fond, sans bénéficier de la valeur ajoutée de son travail. Une fois que les animaux partent à l’abattoir, nous n’avons aucune maîtrise sur la valorisation de la viande. Je me suis donc demandé : à quoi bon s’acharner, bosser comme un fou, pour finalement ne pas récolter les fruits de son travail.

La Maison Langlois, avec la forêt devant
La Maison Langlois se trouve au bord du Thouet, à Saint-Hilaire-Saint-Florent, non loin de Saumur ©Maison Langlois

Comment naît la passion du vin sur une terre d’élevage ? 

C’est vrai qu’autour de moi, sur les terres froides des Mauges, il n’y avait pas beaucoup de vignes. Mon père connaissait la localisation de quelques plants qui servaient à une production locale anecdotique. Ma véritable initiation, il l’a faite au vin de Bordeaux, dont il était féru. Et, à partir de 14-15 ans, je l’accompagnais pour dénicher des bouteilles de côteaux-du-layon, le vignoble le plus proche de chez nous. Le goût du vin m’est venu par tradition familiale. Lorsque j’ai commencé mes études, je n’étais pas complètement déterminé. C’est seulement après ma licence de biologie végétale que mon intérêt a pris de l’ampleur. Mon projet s’est affiné et j’ai soutenu un mémoire de master sur la stabilité des bulles de champagne, ce qui était un peu lunaire à la fac de bio de Nantes. Puis, j’ai complété mon parcours dans une école de commerce à Rennes (l’IGR-IAE) pour me préparer à la gestion des entreprises.

À quel moment croises-tu la route de Langlois ? 

En 2000, je termine mon service militaire à Saumur, je fais partie de la dernière génération de conscrits. Je rencontre Michel Villedey, directeur général de Langlois-Château (le nom de la maison jusqu’en 2023, NDLR) qui, lui aussi, est choletais, installé à Saumur depuis 1996. Il m’interroge longuement sur ma vision du vin, mon parcours, ma vocation. Je fais mes premières vendanges chez Langlois. Puis, il me conseille d’aller voir comment ça se passe ailleurs. En janvier 2001, je m’envole vers l’Australie pour les vendanges au Domaine de Petaluma, où je découvre une autre façon d’envisager le vin, très axée sur les consommateurs et les arômes, affranchie de nos considérations franco-françaises sur le terroir. Je devais ensuite enchaîner avec des vinifications aux États-Unis, mais Michel Villedey me rappelle chez Langlois : un poste d’assistant de direction vient de se libérer.

Michel Villedey a misé sur toi, je me trompe ? 

Je pense qu’il a su reconnaître en moi un esprit « choletais », ce trait de caractère que nous avons en commun d’être travailleur et de cultiver un lien avec le terroir. Il a également repéré ma capacité à m’exprimer et à parler du vin. Ensuite, sous sa direction, j’ai « fait mes classes ». Je deviens rapidement responsable de production. Aux côtés du chef de cave, je coordonne les équipes, je fais la courroie de transmission avec le service commercial. Puis, Michel Villedey me confie un premier marché : le Canada. Progressivement, il m’associe au processus de décision. Aussi, lorsqu’il quitte Langlois en 2008, il a formé son successeur. Je deviens un jeune directeur général de 32 ans. Jusqu’en 2013, année au cours de laquelle il quitte la présidence de la maison, je peux cependant m’appuyer sur son expérience et sa vision.

Finalement, Langlois, pour toi, c’est un coup du destin ? 

Je crois que mon parcours tient plutôt de la providence. Langlois représentait pour moi la maison saumuroise parfaite, la seule, lorsque je l’ai rejointe, à ne pas être seulement négociante. Cet ancrage viticole est crucial pour moi. Au fond, je reste paysan, même si mes mains n’ont plus de cales. Je m’en suis souvenu pendant le confinement, lorsque tout s’est arrêté. J’étais dans mon élément, au Clos Saint-Florent, à planter des piquets.

Après vingt-cinq ans chez Langlois, peut-on te reprocher ton manque d’ambition ? 

Au bout de vingt ans de maison, je me suis posé la question : est-ce que je reste par confort ? Sans doute pas. Le Groupe Bollinger a renforcé sa présence en Centre-Loire avec le rachat d’Hubert Brochard, ce qui représente un nouveau défi. Aujourd’hui, bien que basé à Saumur, je suis directeur général de la société Langlois & Hubert Brochard. Au sein de cette structure, qui rassemble désormais 75 collaborateurs, je pilote de nouveaux projets comme la réfection complète des caves d’Hubert Brochard à Chavignol, épaulé par Rodrigo Zamorano, directeur du site.

Si tu t’en vas, Langlois s’effondre ? 

Pas du tout, les équipes de Langlois continueront de faire tourner la maison sans problème. J’ai même appris à prendre du recul. J’avais tendance à être trop connecté avec mes équipes, et je me suis rendu compte que ce n’était pas forcément bon pour mes collaborateurs. Donc, j’ai réprimé ce besoin de contrôle et je laisse mes équipes gérer le quotidien tandis que je maintiens le cap.

Millésime 2025, premières vendanges en bio pour l’ensemble du domaine, comment avez-vous relevé le défi de la conversion avec tes équipes ? 

Nous ne sommes pas des précurseurs du bio. Nous avons envisagé cette conversion en termes de cohérence au sein de notre environnement et des équilibres que nous souhaitons préserver. Mais le bio ne se décrète pas. D’ailleurs, la conversion en bio, c’est casse-gueule si tu y vas seul, si tes équipes ne sont pas pleinement impliquées, si tu n’as pas un matériel au top, si tu ne connais pas tes parcelles. Il faut anticiper, sinon le mildiou s’installe et tu passes ton temps à courir après.

Tu dis ça à cause du millésime 2024 ? 

En 2024, j’aurais renoncé si Léa Martinat, notre cheffe de culture, m’avait alerté sur un risque de perdre la vendange. J’ai le sens des responsabilités, je ne suis pas un ayatollah du bio… Mais les équipes ont tenu bon, parce que tout le monde était convaincu. Donc, c’était le bon moment de passer en bio, même si la météo ne nous était pas favorable.

As-tu eu des doutes ? 

Paradoxalement, c’est en cave que j’ai conçu quelques doutes. Je trouvais notre première cuvée bio, un blanc de blancs extra-brut 2020, très fermée, tandis que notre chef de cave se montrait plus confiant sur son évolution. Finalement, quelques semaines avant sa sortie, la dégustation lui a donné raison.

Y a-t-il un complexe d’infériorité du crémant ? 

Il y a une phrase redoutable pour résumer cette défiance : « Mieux vaut un bon crémant qu’un mauvais champagne. » Pour moi, la vie est trop courte. Quand on veut boire un bon champagne, on doit boire un bon champagne, idem pour le crémant. Ce qui est sûr, c’est que le champagne reste un modèle. Chez Langlois, nous nous inspirons beaucoup de ce qui se fait chez Bollinger, en particulier au pressurage, en fractionnant le moût, en séparant les tailles. Mais nous conservons notre identité ligérienne en construisant nos assemblages autour du chenin, en conservant l’acidité des maliques. Les Champenois ont construit quelque chose de magique, à nous de faire rayonner la Loire sans nous sentir inférieurs. Bossons sur l’identité des maisons, la qualité de nos crémants, notre distribution. Si nous faisons ressortir nos atouts, il n’y a aucune raison de nourrir un complexe.

Au mariage de tes enfants on boit du champagne ou du crémant ? 

Du crémant, bien sûr ! Un millésimé de chez Langlois.


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