Œnope, le vin européen « sans frontières » - Routes des vins

Œnope, le vin européen « sans frontières »

Né de l’initiative de trois associés français (dont un franco-italien), Œnope est un projet de « vin sans frontières » qui bouscule la notion traditionnelle d’appellation pour fédérer les expressions de différents vignerons et terroirs européens. Une initiative à forte portée symbolique.

À l’origine du projet Œnope se trouvent trois amis, trois associés : Jérôme Felici, Françoise Roger et Bruce Roger. Venus d’horizons différents (Françoise a occupé des postes de direction financière dans l’agroalimentaire, Jérôme, ami de longue date avec Bruce, a travaillé pour des compagnies aériennes, notamment autour des achats de vin, et est titulaire du WSET3…) mais partageant la même fibre européenne, ils ont l’idée, en pleine crise sanitaire et entre deux confinements, alors que le monde entier – et notamment l’Europe – traversent une période de bouleversements profonds, de créer un projet qui dresse des passerelles entre les talents, les cultures et les terroirs européens. Tout commence avec le lancement, en février 2021, d’un site de e-commerce proposant des vins de vignerons indépendants italiens et français, à destination de ces deux marchés – Jérôme, vivant entre Rome et la région bordelaise et ayant la double nationalité, se faisant facilitateur sur le sourcing des cuvées des deux côtés des Alpes. Mais ce site n’est qu’une première étape, car l’idée d’Œnope est d’aller plus loin.

« L’Union dans la diversité »

« Nous sommes partis d’un triple constat« , expliquent les associés. « Nous appartenons à une génération qui partage le même sentiment européen, mais nous voyons bien que ce sentiment est malmené, notamment auprès des jeunes générations, et dans un contexte international troublé, avec la guerre à nos portes. Il nous est apparu que le vin est un fil conducteur, un bien commun entre un grand nombre de pays européens, par son ancrage historique remontant à l’Antiquité, la manière dont il a façonné nos paysages, nos façons de vivre. Comment le vin peut-il contribuer à créer un lien européen ? Le triple constat est d’abord celui du changement climatique : face à cette évidence, l’enfermement dans les traditions locales et régionales a-t-il un avenir ? Comment s’adapter aux évolutions inéluctables ? Que sera le vin de demain ? Il y a ensuite le sujet de la globalisation : on constate une internationalisation des cépages qui ne ralentit pas, une compétition de plus en plus accrue entre les vins du monde. Enfin, quelle que soit la région dans laquelle il se trouve, un vigneron reste un vigneron : ils sont tous confrontés aux mêmes problématiques, économiques, sociétales, environnementales. Pendant la pandémie, ils étaient tous dans le même bateau. C’est ici qu’il faut revenir à l’esprit et à la devise de l’Europe : ‘l’Union dans la diversité’. Et si l’on voyait l’Europe comme un seul grand terroir, avec une multitude de richesses (l’Italie à elle seule compte près de 600 cépages autochtones) dont il ne faut pas effacer les spécificités mais que l’on peut réunir de façon solidaire et symbolique ?« 

Ainsi naît l’idée d’un Borderless European Wine, un « vin européen sans frontières » réunissant dans une même cuvée les talents de différents vignerons à travers l’Europe, un assemblage veillant à faire découvrir « les nuances et les richesses qui font du vignoble européen un patrimoine de l’Humanité, et mettant en avant les savoir-faire, les terroirs et les cultures de ces vignerons« . En d’autres termes, il s’agit de réunir dans un même flacon des cépages venus de France, d’Italie, d’Espagne pour commencer, et pourquoi pas dans un second temps d’autres vignobles du Vieux Monde, en essayant de trouver le point d’équilibre qui leur permet de donner un résultat intéressant et harmonieux. Pour y parvenir, le trio d’Œnope a décidé de s’appuyer sur son réseau de vignerons et sur l’expertise de l’œnologue bourguignon Antoine Lardy. Le projet a bénéficié du soutien de la Fondation de la Culture Européenne qui lui a remis un prix en septembre 2020, répondant aux critères de la Fondation qui entend saluer « les initiatives culturelles imaginatives traitant des séquelles de la pandémie pour les sociétés européennes en proposant des solutions tournées vers l’avenir et en réant des alliances transnationales et des initiatives de solidarité paneuropéenne » (le tout agrémenté d’une aide de 30 000 € qui sera réinvestie).

La sélection des appellations, des cépages et des vignerons – certains n’étant franchement pas très ouverts à l’idée de « mélanger » leur terroir avec celui d’un confrère étranger, même en production limitée – s’est faite progressivement et patiemment, jusqu’à aboutir à deux premières cuvées, un blanc et en rouge, tous les deux issus du millésime 2020 (mais ce dernier ne figure pas sur l’étiquette, la mention « vin européen » ne l’exigeant pas), mixant cépages locaux et internationaux sourcés entre France, Italie et Espagne, mis en bouteille en septembre 2021 et commercialisés en 2022, à hauteur d’un peu moins de 13 000 cols. Vendues à 12 € TTC sur le site d’Œnope, mises en valeur dans le cadre des manifestations de la Fondation de la Culture Européenne et d’autres événements européens, ces deux références aspirent à se faire davantage connaître sur un circuit plus élargi, aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels du vin. Chaque cuvée ayant vocation à être éphémère, les trois associés réfléchissent déjà à la prochaine étape, qui devrait aller davantage vers des cépages autochtones et s’ouvrir à d’autres pays européens – Grèce, Allemagne, Autriche, Portugal, le champ des possibles est sans fin. Au rayon des projets, la réalisation d’un documentaire dédié aux vignerons partenaires et un institut de formation pour accompagner les viticulteurs européens face aux enjeux climatiques sont aussi dans les tuyaux.

Et dans le verre, ça donne quoi ?

Œnope blanc est un assemblage à parité de chardonnay du Mâconnais (France), de chardonnay de Lombardie (Italie) et de riesling du Trentin-Haut-Adige (Italie). Un joli fruit blanc assorti de notes florale se présente, avec un élevage fondu, souligné par un léger beurré et une note d’épices douces. En bouche, un joli gras sans excès, une attaque juteuse, soutenue en milieu de bouche par un léger toasté, des notes d’abricot, de pomme cuite et de pêche jaune. La finale convoque des touches de fruit exotique et se révèle salivante.

Œnope rouge est un assemblage 60% cabernet sauvignon (Rioja, Espagne), 20% gamay (Beaujolais, France) et 20% barbera (Piémont, Italie). Une drôle de combinaison qui joue sur l’équilibre entre les oppositions, entre la structure du cabernet (élevé 8 mois en barriques de 800 litres), le fruité du gamay et la tonicité élégante du barbera qui lie l’ensemble. Les baies rouges se parent d’épices, de fleur mauve, de camphre, d’herbe médicinale et d’un léger vanillé. La bouche est souple, gourmande, digeste, signée par des tannins souples et une bonne acidité, très cerise croquante. Un vin sur la simplicité, qui réussit plutôt bien l’association entre ses composantes.

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