Une paulée pour les rassembler tous

Hier, s’est tenue la Paulée d’Anjou sous un soleil de plomb au Musée Jean Lurçat et au Grenier Saint-Jean, à Angers. Malgré des records de température, cette 14ème édition a fédéré 113 domaines qui ont célébré les nuances des terroirs de l’Anjou. L’occasion de rappeler que la région se décline en noir et blanc (en référence au sol, pas à la couleur du vin) et s’étend jusqu’à Saumur, on vous explique tout.   

Cette année la Paulée d’Anjou est revenue à son berceau historique. La première édition avait réuni, en 2012, quelques irréductibles du bio et de la biodynamie d’Anjou noir, celle du schiste. En 2019, l’initiative d’Evelyne de Pontbriand, du domaine du Closel à Savennières, prend une nouvelle ampleur sous l’impulsion d’Ivan Massonnat qui souhaite s’intégrer dans l’élan collectif : « lors de cette édition nous avons ouvert l’événement à tout l’Anjou, c’est-à-dire au saumurois. Nous avons donc réuni l’Anjou noir avec l’Anjou blanc », celle du calcaire. Enfin en 2020, Bourgueil intègre la manifestation. Tenu à l’écart depuis le découpage des départements lors de la période révolutionnaire, la province d’Ancien Régime a désormais recouvré toute son intégrité (viticole). Aujourd’hui, l’association de la Paulée comporte donc trois sous-régions et organise un roulement sur trois ans entre Saumur, Angers et Bourgueil.

Jusqu’où ira la Paulée ?

Cette année, l’événement a débuté sous les voûtes de l’Hôpital Saint-Jean, ensemble architectural du XIIème siècle qui résiste encore à la torpeur de ce début de XXIème siècle et abrite pour quelques semaines, l’exposition « Aubusson tisse Tolkien ». Dans cette ancienne salle des malades, longue de presque 60 mètres, on peut se réfugier pour déguster des vins de l’Anjou mais pas que : « L’année dernière la Paulée avait été ouverte à toutes les appellations de la Loire de l’Auvergne au Muscadet à raison de deux vignerons par sous-région. Cette année nous continuons sur notre ouverture, mais en donnant un coup de projecteur sur une région : le muscadet. Nous faisons tous partie de la Loire. Dès le départ, les vignerons ne se sont pas posés de limite quant aux AOC, parmi nous certains sont en vin de France. Ce qui nous unit c’est notre terroir et notre amour pour celui-ci », explique Ivan Massonnat.

Quant à Aymeric Hillaire du Domaine Mélaric (Anjou blanc), il se réjouit : « Petites ou grandes propriétés, nos échantillons sont tous à la même table, sans distinction ». Le seul critère véritablement discriminant, c’est le sol dont l’expression est maximisée par une conduite de la vigne qui se veut la plus respectueuse possible de l’environnement naturel. D’un côté les vins de l’Anjou noir, précurseurs de cette approche, qui mettent en avant le goût des schistes, du gneiss et du granite. Dans les vins issus de chenin cela se traduit par une expression sur le fruit mûr et une finale amère qui s’étire. En Anjou blanc, la dominante calcaire influence le goût du chenin plus ciselé, avec une profondeur saline et le cabernet franc y acquiert une fraîcheur caractéristique. Et la qualité de ces terroirs gagne en reconnaissance si bien que « les vignerons de Saumur, qui autrefois n’insistaient pas sur leur appartenance à l’Anjou blanc, s’en revendiquent désormais », remarque Romain Bussard, du Domaine Montgilet, en Anjou noir.

L’esprit Paulée

Attention à ne pas confondre la Paulée avec un simple salon professionnel, c’est un peu plus que ça, on y trouve un supplément d’âme, un esprit Paulée qui revient à l’essentiel du vin, au partage. Pas de table entre les visiteurs et les vignerons qui peuvent se rencontrer sans protocole. On s’y rend pour déguster et assister aux conférences à l’instar de Stéphanie Morin du Domaine de la Rodaie (Bourgueil et Saint-Nicolas) : « Je viens pour goûter les vins de tout l’Anjou, rencontrer les autres vignerons. J’assiste également aux masterclass, les thématiques m’intéressent et me permettent de prendre du recul sur ce que nous faisons ». Pour clôturer ce cycle, une table ronde était organisée pour évoquer les rapports parfois contrariés entre la génération Z et le vin. Émile Coddens, ancien tiktokeur et nouveau vigneron, Noé Richard, jeune sommelier talentueux et Stanislas Larget-Piet, représentant de Grand Cru HEC, ont pu exposer quelles étaient les attentes de leur génération. Il en ressort quelques conseils notamment : s’appuyer sur les ambassadeurs, les plus jeunes sont sensibles à la prescription, et agir de manière coordonnée entre les domaines.

Enfin, la journée s’est achevée avec le dîner de Gala, la « paulée » à proprement parler, qui a réuni derrière les fourneaux, Marjorie Gaboriau, chef à Larousselle Hors Champ à Savennières, Romain Zarazaga, un Basque inspiré par les produits et le territoire ligérien, et David Guitton qui officie depuis 2010 à la Table de la Bergerie à Champ-sur-Layon. Quant aux vins, charge aux convives de partager leurs meilleures pépites, c’est un excellent prétexte pour susciter les conversations et promouvoir les vins. Pour une nouvelle démonstration de convivialité, rendez-vous en 2027, à Bourgueil.  


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