Bordeaux : des vendanges sous le signe de l’innovation - Routes des vins

Bordeaux : des vendanges sous le signe de l’innovation

A l’heure où la récolte du millésime 2021 est en cours dans le vignoble bordelais, rencontre avec Philippe Carretero du château Rioublanc (Saint-Ciers-d’Abzac) et Hélène Ponty des Vignobles Ponty (Fronsac), qui testent de nouveaux procédés pour la création de leurs cuvées en AOC bordeaux-bordeaux supérieur


Une nouvelle application mobile au Château Rioublanc

Philippe Carretero, propriétaire

Créé au début du XIXème siècle, le château Rioublanc étend ses 50 hectares de vignes au nord de Libourne. Principalement producteur de vins rouges depuis les années 1980, il élabore aussi des vins blancs secs, moelleux et crémants en appellation bordeaux. Après son père Edouard, l’ingénieur-œnologue Philippe Carretero préside depuis 1989 aux destinées de ce domaine exploité en agriculture biologique depuis 2009. 

Philippe Carretero, pouvez-vous nous dire quelques mots sur les vendanges et le millésime 2021 ?

Sur notre terroir tardif (boulbènes sur argile), nous avons commencé les vendanges le lundi 20 septembre avec les crémants. Ensuite, vendredi 24, nous avons récolté le malbec pour le rosé, l’équilibre est bon (11° avec une belle acidité), mais il était grand temps, surtout pour la couleur qui se libère très vite. Nous commencerons les rouges à partir de mardi 28, en privilégiant les parcelles les plus touchées par le mildiou. Les vendanges 2021 seront les plus petites depuis la gelée de 2017. Avec la forte pluviométrie de mai et juin, le mildiou a détruit une grande partie de nos merlots. Dans les autres cépages, les dégâts sont plus modérés, mais suite aux petites gelées survenues jusqu’au 3 mai, le potentiel reste limité. Nous espérons surtout retrouver une année pleine, car aujourd’hui nos volumes en cave n’ont jamais été aussi faibles…

Pour la qualité, je peux déjà vous répondre pour les blancs et rosés : ce sera très bien ! Les équilibres seront là, avec une belle fraîcheur et de beaux arômes. C’est agréable de retrouver un millésime moins solaire que les précédents, même s’il va falloir recourir à la chaptalisation. Pour les rouges, c’est plus difficile à dire. Pour la première fois de ma carrière, nous allons vinifier certains merlots en thermo-vinification pour ne pas prendre de risque avec l’état sanitaire…

Pouvez-vous nous présenter l’application mobile « VitiTag » utilisée pour la première fois lors de ces vendanges 2021 et ses bénéfices attendus ?  

Mon fils Paul a rejoint l’exploitation familiale en 2018, après être sorti major de promotion du master de Génie Logiciel de Grenoble. Il a alors développé « VitiTag », une application mobile en temps réel pour la gestion des salariés, le suivi technique global et la traçabilité viti-vinicole. La force de VitiTag, c’est l’acquisition automatisée des données grâce au croisement des informations du planning et de la géolocalisation. Il suffit à l’utilisateur d’enregistrer son heure de début et son heure de fin de journée sur un smartphone.
A partir de là, le vigneron dispose sur son PC, en temps réel, de toutes les informations utiles sur les activités réalisées. Les principales fonctions sont : la gestion du planning et des heures des salariés, le suivi des travaux viticoles et vinicoles, la traçabilité administrative (traitements phytosanitaires, délais de rentrée, suivi de cave…).
Au départ, nous n’avions pas pensé distribuer notre application. Puis, comme les confrères se montraient très intéressés et qu’il n’y avait pas vraiment d’équivalent sur le marché, nous avons créé au 1er septembre « VitiTag Software SAS ». Avec les vendanges, nous commençons à diffuser la version « bêta », et l’accueil est très bon !
Aujourd’hui, avec VitiTag, pour seulement 20 € par mois, le vigneron dispose d’un outil de gestion viti-vinicole performant pour gérer son équipe, calculer ses coûts et établir ses prévisionnels.
En 2021, VitiTag a reçu sa première récompense : elle a été lauréate de la FADUNA (Fondation Agriculture Durable en Nouvelle Aquitaine) qui met en lumière des projets innovants. La remise des prix aura lieu le 11 octobre au siège du Crédit Agricole.
Pour plus d’informations, nous avons mis en ligne une présentation de l’application sur  www.vititag.com.

Un nouveau bordeaux blanc créé en macération aux Vignobles Ponty

Hélène Ponty, propriétaire

Les Vignobles Ponty sont une propriété familiale fondée en 1905 par l’arrière grand-père d’Hélène Ponty, Victor. La propriété s’est ensuite transmise jusqu’à l’actuelle exploitante, 5e génération à la tête du domaine, depuis septembre 2019. Le processus de conversion à l’agriculture biologique a débuté en 2020 et la biodynamie s’installe peu à peu.

Les Vignobles Ponty réunissent deux propriétés principales : Château du Pavillon sur le bas de Canon Fronsac, avec un terroir argilo-sableux, et Château Grand Renouil sur le plateau calcaire et le coteau argilo-calcaire de Canon Fronsac. Egalement une petite parcelle de blanc (35 ares) sur le coteau argilo-calcaire de Canon Fronsac, et une petite parcelle de Bordeaux dans les terroirs de palus. Les cépages principalement travaillés sont le merlot, le cabernet franc et le sémillon.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les vendanges et le millésime 2021 ?

2021 fut bien sûr un millésime très difficile, nous avons été un peu touchés par le gel sur certaines parcelles, et beaucoup par le mildiou. Les vendanges vont donc être faibles en quantité. Cependant, grâce à une pluviométrie élevée presque toute l’année, dont notamment cet été, et à une belle arrière saison avec des journées chaudes et des nuits fraîches, nous avons maintenant de belles baies, assez grosses, mais montrant aussi une belle aromatique et de jolis tanins assez fins.

Pouvez-me parler de votre nouvelle cuvée blanche créée exclusivement à base de macération ?

Nous avons une petite parcelle de sémillon avec laquelle nous avions l’habitude de créer un bordeaux blanc sec de manière classique, mais en recherchant beaucoup de tension, et peu de boisé. Cette année, j’ai voulu arrêter cette cuvée, même si elle plaisait beaucoup, et nous lancer dans l’aventure d’un blanc de macération. Aussi appelé « vin orange » à cause de sa couleur, il est vinifié comme un vin rouge. Cette technique qui date de l’Antiquité consiste à faire fermenter les raisins avec leurs parties solides, sans passer par l’étape du pressurage. Cela permet d’obtenir des vins blancs avec une structure tannique, et des expressions aromatiques assez larges et variées. Deux raisons m’ont incitée à tenter cette expérimentation : tout d’abord, j’aime avoir un nouveau projet à chaque vendange, pour apprendre de nouvelles techniques chaque année, continuer à innover, réfléchir. Dans une optique commerciale et de gamme, je trouve également intéressant de pouvoir montrer à nos clients la diversité des vins que l’on peut produire à Bordeaux, notamment avec des sémillons de 30 ans sur de très jolis terroirs, qui devraient bien se prêter à la macération. Mes clients restaurateurs sont très intéressés par les vins de macération pour les accords mets-vins. Cela leur permet d’expérimenter et de jouer sur des accords plus « risqués », et nous permet de continuer la conversation avec eux sur le type de vins que l’on peut produire dans notre région et avec nos cépages. Personne dans mon équipe n’a l’expérience des blancs de macération. Nous nous sommes préparés en organisant des dégustations comparatives d’autres blancs de macération de Bordeaux, pour comprendre l’impact du cépage, du contenant et du temps de macération. Les jarres en grès semblaient intéressantes, mais n’ayant jamais travaillé avec ce type de contenant, nous ne voulions pas avoir à la fois l’incertitude de la macération et celle de la jarre. Nous avons donc décidé de réaliser cette cuvée en cuve inox.

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