Les 2 & 3 mai prochains, la Cave de Lugny, située dans le Mâconnais, fêtera ses 100 ans en grandes pompes. Ses journées portes ouvertes, d’une envergure exceptionnelle, se clôtureront par un spectacle de drones en soirée… Malgré son centenaire, le collectif conserve une belle dynamique pour affronter l’avenir. C’est ce que nous a confié Stéphane Garrigue, son directeur général, qui nous dévoile quelques secrets de jeunesse que seule l’expérience peut prodiguer.
La cave de Lugny va fêter son anniversaire en bonne forme avec 6,4 millions de bouteilles vendues en 2025 (+3%) et un chiffre d’affaires en hausse, qui culmine à 39 millions d’euros, porté notamment par une croissance sur le marché domestique : + 5 % en GMS et + 10 % en CHR. L’avenir s’annonce donc radieux pour cette jeune centenaire solidement ancrée dans le Mâconnais grâce à ses 200 adhérents, soit 1200 ha de vignes pour l’approvisionnement, principalement plantés en chardonnay. Gamay, pinot et aligoté cumulés représentent moins de 10 % de l’encépagement.
Son histoire débute en 1926 plus modestement, avec la constitution par quelques vignerons de la première coopérative du sud de la Bourgogne, la Cave de Saint-Gengoux-de-Cissé. Elle prend le nom de « Cave de Lugny » lors de la fusion avec cette dernière en 1966. Puis, en 1994, c’est la bien nommée cave de Chardonnay qui rejoint le groupement. Au fil des décennies, son modèle fondé sur la solidarité, la transmission et la valorisation des terroirs du sud de la Bourgogne a permis aux adhérents et aux salariés de la faire prospérer. D’ailleurs, la formule n’a pas pris une ride : « Nous souhaitons à travers cet anniversaire saluer non seulement notre héritage, mais aussi nos ambitions pour l’avenir : renforcer la durabilité de nos pratiques, valoriser notre terroir et transmettre notre patrimoine aux générations futures », affirme Stéphane Garrigue, directeur général de la cave. Aujourd’hui, actualiser cette raison d’être consiste à accompagner les bouleversements qui frappent le monde viticole, entre autres, déconsommation de vin et crise des vocations. Entre innovation produit et rajeunissement des ses effectifs, la Cave de Lugny partage ici ses secrets de jouvence.

« Notre identité est assurément bourguignonne, fondée sur le chardonnay. Mais ce n’est pas parce que nous sommes bourguignons que nous devons nous cantonner à des produits très classiques, traditionnels. Nous sommes ouverts à la modernité, nous réfléchissons à des innovations, nous modernisons nos produits et nos packaging » prévient Stéphane Garrigue. Or, ce goût pour l’avant-garde ne date pas d’hier. En 1962, la cave est la première à revendiquer le lieu-dit « les Charmes ». Aujourd’hui, il est devenu le terroir emblématique de la coopérative. Sur la centaine d’hectares qu’il représente, les adhérents en possèdent près de 80. De même pour le crémant de Bourgogne, dont le destin est scellé en 1975 avec le décret d’appellation, la cave compte parmi les précurseurs qui ont permis sa reconnaissance.
Toujours tourné vers l’avenir, le collectif continue d’innover. Sortie fin 2025, la cuvée les Complices en mâcon-villages, destinée au circuit traditionnel, arbore un habillage incitant à la convivialité. Plus iconoclaste, le crémant Ice Flow, un dry 100% chardonnay qui assume un dosage à 25g/L et arbore un sleeve blanc, s’apprécie frappé, avec des glaçons ou en cocktail. Ce produit, volontairement disruptif, a de quoi étonner à l’heure où l’engouement pour les crémants plus classiques ne se dément pas. « C’est un produit que nous ne recommandons pas aux connaisseurs mais que les consommateurs moins avertis plébiscitent, parce que plus sucré et donc plus facile à apprécier ». Preuve de son succès, la Cave a récemment revu ses objectifs de production à la hausse pour ce dry afin pallier la rupture.
Outre ces innovations, la cave de Lugny s’est engagée dans un ambitieux « plan qualité » en cave. Marc Duffo, qui a rejoint l’équipe en mai 2025 en qualité d’œnologue maître de chai, pilote cette valorisation des terroirs. Il prolonge le travail initié il y a dix ans au vignoble avec la parcellisation, le travail des sols et la segmentation. Les deux combinés permettront, à termes, d’affiner les vinifications, d’adapter les élevages afin de mieux révéler les terroirs du mâconnais. Cette montée en gamme qui correspond aux attentes du marché : les consommateurs sont des plus en plus sensibles à l’identité des vins et à l’effet « terroir », tout en ménageant la rémunération des domaines. « Depuis le Covid puis le début du conflit entre la Russie et l’Ukraine, les coûts d’exploitation ont bondi. L’inflation a été particulièrement sensible sur le matériel agricole ou encore les engrais. Or, notre vocation demeure d’assurer la pérennité des exploitations ». Un défi de taille alors que les vocations viticoles, en butte à la dégradation des conditions de travail et la baisse des revenus, se font plus rares et moins ambitieuses.

« Par rapport à la Bourgogne nord, nous n’avons pas les mêmes problèmes de succession où le prix du foncier est exorbitant. Mais la succession est une problématique parce que lorsqu’un viticulteur prend sa retraite, il laisse 14-15 ha et le repreneur ne s’établit que sur 8 ha maximum, ce qui représente la surface qu’il peut exploiter sans salarié » commente Stéphane Garrigue. Pour un départ, il faut donc retrouver deux jeunes vignerons pour conserver la surface. Afin de se prémunir de la désaffection, la cave a donc décidé de s’adresser directement aux jeunes qui constitueront la filière de demain. C’est la seule entreprise viticole qui a signé une convention de mentorat auprès du lycée Aubrac de Davayé. « Les étudiants viennent travailler avec les vignerons ou en cave ou encore dans nos fonctions support au marketing pour que nous les formions au savoir-faire professionnel. Nous cherchons à les intéresser, souvent ils se destinent à rejoindre des domaines, nous voulons leur montrer les avantages de la coopérative ».
De manière plus pratique, pour aider l’installation des plus jeunes et pour sécuriser ses approvisionnements, en particulier dans les terroirs les plus qualitatifs, la coopérative vient de lancer un Groupement Foncier Viticole : « 10 ha viennent de se libérer sur des terroirs stratégiques, dont les Charmes, et à travers ce dispositif nous aidons un jeune qui n’avait pas les moyens de s’installer ». Tout le monde peut souscrire à ce GFV dont la part s’élève à 5000€. De façon générale, les candidats à la reprise se voient assurés de trouver de la solidarité entre adhérents : « Suite à une blessure, l’un de nos adhérents a pu compter sur l’aide d’une quinzaine de vignerons qui ont taillé ses vignes. Ce fut l’affaire d’une journée dans une ambiance fabuleuse ».
Le modèle coopératif né au XXème siècle à l’ère des masses, a encore de solides arguments à faire valoir à l’heure de l’individualisation. La coopérative apporte un cadre et une aide, parfois très concrète, comme lors des vendanges avec la mobilisation des salariés et le recrutement de vendangeurs pour récolter les raisins destinés au crémant, comme l’exige le cahier des charges. Et le charme opère encore : « la cave de Lugny n’a pas perdu de surfaces depuis 15 ans ».
Confiante dans l’avenir, la Cave de Lugny célèbre comme il se doit son centenaire. Elle sort une collection de cuvées « 100 ans » en édition limitée, hommage à ses terroirs emblématiques et à un siècle de savoir-faire collectif. Chacune des trois cuvées qui compose la sélection est dédiée à un circuit de distribution : Mâcon-Lugny « les Charmes » 2024 est réservée au circuit CHR, Mâcon-Lugny les Crays, vendue uniquement aux particuliers à la cave et en ligne et Mâcon-Lugny 2024 de la gamme L’Aurore dédiée à la grande distribution.

Quant aux festivités, elles auront lieu tout au long de l’année. Lors des journées portes ouvertes, organisées les 2 & 3 mai, la cave se transformera en véritable village le temps d’un week-end, ponctué d’animations dont un spectaculaire show de drones en soirée. Le 3 juillet, l’événement incontournable de la cave, un festival imaginé par les jeunes vignerons de la coopérative mêlant musique, convivialité et dégustation : « La tête dans l’cep », accueillera une tête d’affiche exceptionnelle : Charlie Winston. Tout un dispositif qui accrédite le fait que 100 ans, finalement, ce n’est pas si vieux !

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