Le vignoble de Gaillac est intégré dans un programme européen appelé Ecospherewines. L’objectif est d’évaluer les effets des éléments naturels comme les arbres et les haies sur la vigne.
« Si vous observez les périphéries de parcelles, on remarque des arbres et des haies » . Depuis les vignes du Château de Tauziès à Gaillac ce 1er avril, Agnès Balaran présente à un petit groupe de journalistes un paysage typique de l’appellation viticole tarnaise. « Le plus souvent, comme ici, l’inter-rang est enherbé. Cela peut être de l’herbe naturelle ou de l’engrais vert, c’est souvent alterné », poursuit la paysagiste.
Ces éléments, aussi appelés infrastructures vertes, sont justement ce qui intéresse le programme européen Ecospherewines, dans lequel la Maison des Vins de Gaillac s’est investie aux côtés d’autres vignobles du sud-ouest de l’Europe (Arribes del Duero et Mariñas – Betanzos en Espagne, Alto Douro au Portugal) depuis janvier 2024. « L’objectif, c’est d’étudier les bénéfices rendus par les infrastructures vertes. C’est-à-dire, les haies, les bosquets, l’enherbement ou encore les mares », explique Fanny Prezman, ingénieure viticole à l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), en charge des recherches ecospherewines sur le gaillacois. « Tous ces éléments naturels ou semi-naturels présentent des intérêts pour le stockage du carbone, la régulation climatique et la biodiversité. Nous souhaitons travailler dessus pour en évaluer spécifiquement les effets sur la vigne. »
Il se trouve qu’à Gaillac, beaucoup de ces infrastructures vertes font déjà partie du paysage. « Dans les années 50-60-70, les engrais, les phytos et la mécanisation sont arrivés », rappelle Agnès Balaran. Ce changement de méthode agricole a entraîné la déprise des talus trop difficile à travailler avec le tracteur, et ainsi laissé place à une « biodiversité périphérique », explique la paysagiste. Par exemple, « dans les haies, on trouve une diversité d’espèces, illustre-t-elle. Du prunelier, de l’aubépine, du chèvrefeuille, il y a des fleurs, mais aussi des fruits pour les oiseaux ».
Les rangs enherbés ne sont pas en reste. « Sur 1m2, il y a 10 à 15 espèces différentes. C’est le contexte idéal pour le développement d’une biodiversité fonctionnelle, car plus on diversifie le milieu, plus on favorise l’équilibre. Dans un milieu équilibré, chaque espèce, y compris les ravageurs de la vigne, trouve son prédateur », souligne la paysagiste, également fille de vignerons. L’enherbement de l’inter-rang a constitué un point d’attention particulier pour Fanny Prezman. « On se rend compte que c’est un outil de stockage de carbone important. En moyenne, un hectare alternant rang enherbé et engrais vert stocke 4,4 tonnes de carbone sur 50 ans. Le désherbage, chimique ou mécanique, lui, déstocke 0,5 tonne de carbone », souligne l’ingénieure agronome.

Avant la fin du programme financé par Interreg Sudoe, en décembre prochain, Fanny Prezman et ses partenaires en Espagne et au Portugal vont élaborer un guide pratique à destination des vignerons. « Il donnera des outils pour diagnostiquer son exploitation. Et il fournira des exemples dans les différents pays sur ces solutions basées sur la nature, en montrant d’une part les bénéfices pour la vigne et d’autre part ceux pour l’environnement ».
L’IFV et la Maison des Vins de Gaillac souhaitent également réaliser une cartographie à l’échelle de l’appellation tarnaise. Elle permettrait de distinguer les infrastructures vertes ainsi que des éléments thermiques pour essayer de mettre en relation la présence de ces éléments naturels avec le climat du territoire.

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