[Primeurs 2022] Antoine Médeville « Éviter le piège de la sur-maturité puis de la sur-extraction »

Au travers du rush des primeurs, Antoine Médeville, co-dirigeant du laboratoire Oenoconseil accompagnant près de 250 propriétés, nous donne le pouls de ce chaud millésime 2022.

Avant de parler des vins de 2022, pouvez-vous nous retracer l’histoire climatique de ce millésime singulier et son impact sur les vignes médocaines ?
2022 est un millésime historique et atypique. Après un débourrement précoce le gel est venu saisir le vignoble médocain le 1er avril avec une vague de froid homogène sur l’ensemble des terroirs. À partir de mai, les conditions climatiques ont été historiquement chaudes et sèches avec un épisode caniculaire dès le mois de juin ! 2022 était lancé sur les rails de la précocité et les dates de récoltes ont été inédites (dès le 29 août pour les merlots). Au vignoble, les symptômes de stress hydriques sont restés assez limité compte-tenu des conditions climatiques. Seuls les jeunes parcelles et les terroirs les plus filtrants ont marqué le pas. L’un des paramètres importants de ce millésime restera la petite taille des baies qui impactera significativement les rendements sur la plupart des terroirs. Des rendements historiquement bas en Médoc, du jamais vu depuis 30 ans. 

Dès les vendanges ce millésime caniculaire a laissé entrevoir de belles choses, doit-on parler de grand millésime, très grand millésime ou de millésime exceptionnel et pourquoi ?
Pour moi, 2022 est sans aucun doute l’un des très grands millésimes de ces vingt dernières années, l’élevage nous dira s’il est exceptionnel. Pour le révéler au plus juste il fallait maîtriser plusieurs points. D’abord éviter le piège de la sur-maturité. Des raisins récoltés trop tard donnent ensuite des vins déséquilibrés. Ensuite, être attentif au risque de sur-extraction pouvant durcir les vins avec des tanins plus astringents. Pour cela nous avons dégusté très régulièrement, comme à notre habitude, et nous avons travaillé à des températures plus basses, plutôt 24 que 28 degrés, comme à Clos Manou. Nous avons dû gérer les remontages au plus juste et les arrêter plus précocement mais aussi piloter les durées de macérations toujours dans un objectif d’élégance. Ce fut notamment le cas aux Château La Tour de By, Noaillac ou Poitevin. Afin de respecter le fruit, nous privilégions les barriques de 500 litres pour les élevages. Elles sont désormais présentes au Château Desmirail, le Crock, Fonréaud et Beauvillage.

Vous possédez le Château Fleur La Mothe, qu’en est-il du 2022, pouvez-vous nous le décrire ?
Nous avons commencé par appliquer les conseils donnés aux vignerons que nous accompagnons. La date de récolte fût historiquement précoce, le 8 septembre. Notre maître-mot fut la recherche de fraîcheur et d’équilibre, la concentration était acquise dans ce millésime chaleureux. 
La robe est profonde et les tanins racés, tout en élégance. Pour préserver le fruit, l’élevage en barriques de 500 litres est intégré chez nous depuis le millésime 2015. 2022 fait partie des grandes réussites de Fleur La Mothe. 

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