Saint-Émilion : Mariette Veyssière, la gardienne de Quintus

Nouvelle régisseuse de Château Quintus, propriété de Domaine Clarence Dillon à Saint-Émilion, Mariette Veyssière pilote, à 34 ans, un vignoble passé à 42 hectares depuis l’acquisition de Grand Pontet à l’automne dernier. Un défi de taille pour cette technicienne à l’expérience déjà impressionnante.

Dans l’Antiquité romaine, « Quintus » était le nom que l’on donnait au cinquième enfant de la famille. Après Haut-Brion rouge et blanc, La Mission Haut-Brion rouge et blanc, l’acquisition du château Tertre Daugay en 2011 par le Prince Robert de Luxembourg faisait entrer un cinquième « enfant » dans la famille Clarence Dillon, entraînant rapidement un changement de nom pour ce grand cru classé de Saint-Émilion. Deux ans plus tard, en 2013, la nouvelle entité Château Quintus absorbait un autre grand cru classé (qui perdait son classement au passage), Château L’Arrosée, avec l’ambition de constituer, patiemment, une nouvelle marque saint-émilionnaise qui trouverait sa place au côté de ses prestigieux aînés de Pessac-Léognan.

Au cours des dix dernières années, les équipes de Quintus ont consacré tous leurs efforts à la connaissance précise des terroirs de ce vignoble entre plateau et coteaux, aux 360° d’orientation, lorgnant vers de prestigieux voisins (Canon, Bélair-Monange, Angelus, pour n’en citer que quelques-uns…) afin d’opérer une sélection drastique qui a donné naissance à trois vins : Château Quintus, Dragon de Quintus et le Saint-Émilion de Quintus. Patiemment, le style des vins s’est précisé, le nom de Quintus s’est installé, sous la protection du dragon de bronze imaginé par le sculpteur Mark Coreth, qui trône là où se trouvait autrefois la tour de guet qui veillait sur Saint-Émilion.

Grand-Pontet enrichit la palette

En septembre dernier, Domaine Clarence Dillon officialisait l’acquisition d’un autre grand cru classé de Saint-Émilion, Château Grand-Pontet, avec l’intention de l’intégrer à Quintus. Dans le même temps, une nouvelle régisseuse était nommée à la tête de la propriété, pour conduire cet ensemble qui s’élève désormais à 42 hectares : Mariette Veyssière. À 34 ans, cette technicienne chevronnée n’est ni une débutante dans le monde du vin, ni une nouvelle venue de l’univers Clarence Dillon. Titulaire d’un diplôme d’ingénieur agronome et du Diplôme National d’Œnologue, Mariette a grandi sur la rive droite, dans une famille de professionnels du vin dont elle incarne la cinquième génération (son grand-père et son père étaient maîtres de chai chez Jean-Pierre Moueix). Après des premières expériences à Haut-Brion, La Mission Haut-Brion, Latour ou encore Petrus, Mariette rejoint Château Quintus en 2013 en tant que responsable qualité, au côté du régisseur de l’époque François Capdemourlin. En 2016, elle devient responsable viticole et QSE (Qualité Sécurité Environnement), pour finalement prendre les rênes de la propriété en 2021.

Avec l’acquisition des 14 hectares de Grand-Pontet, Château Quintus dispose désormais d’une palette de terroirs rarissime à Saint-Émilion. La première mission de Mariette Veyssière va être de s’approprier tous ces éléments afin de les combiner de la façon la plus harmonieuse : « nous voulons nous donner le temps de créer l’alchimie parfaite entre ces grands terroirs, afin de donner à Quintus une identité unique. Nous devons encore apprendre à bien les comprendre, et la grande force de Domaine Clarence Dillon est de savoir prendre son temps pour bien faire les choses. Avec dix années de recul à Quintus, nous mesurons déjà le chemin parcouru, avec notamment un palier franchi en 2016 et qui est allé crescendo en 2018, 2019 et 2020. Nous voulons continuer sur cette lancée pour continuer de faire progresser les vins de Quintus ». Cela se fera bien sûr dans la même philosophie que celle qui a présidé à la conduite de Château Quintus depuis une dizaine d’années, avec une attention forte au respect de la biodiversité : les études de la flore et de la population d’insectes du vignoble, la confusion sexuelle, l’enherbement pour lutter contre l’érosion du sol, l’attention à la Ceinture Méditerranéenne située à proximité, mais aussi le remaniement progressif du matériel végétal sont quelques-unes des actions menées par l’équipe ces dernières années, et que Mariette Veyssière entend bien continuer.

Pour l’heure, Château Quintus entame son deuxième acte, qui vise à l’amener, à terme, jusqu’à un niveau de prestige approchant celui de ses « grands frères » de la rive gauche. Pas question, dans l’immédiat, de parler classement de Saint-Émilion, ni même d’investissements colossaux en matière d’installations techniques. Mais l’on sait que les ambitions affleurent, et incitent à voir loin. Sous la direction de Mariette Veyssière, l’horizon est riche de promesses.

« Terre de vins » aime :
Château Quintus 2019, Saint-Émilion Grand Cru.
Sur une « trilogie » 2016-2018-2019 attestant des progrès faits à la propriété, 2019 apparaît comme le vin le plus accompli. Dans la finesse de sa définition, son nez floral (aux légères touches d’herbe médicinale), son fruit à point, juteux et corsé, il apparaît tout de suite suave et tendu, élégant. La chair ferme et élancée décline de fines épices et s’électrise autour d’une jolie tension, salivante et vivace. Beaucoup de fraîcheur et une certaine allure.

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