Château Rouget : la Bourgogne à Pomerol - Routes des vins

Château Rouget : la Bourgogne à Pomerol

Rare Bourguignon à posséder un vignoble dans le Beaujolais, Édouard Labruyère, qui a grandi à Mâcon, se partage entre ses quatre vignobles familiaux, situés à Moulin-à-Vent, Meursault, Verzenay et Pomerol. Rencontre avec un quadragénaire plein d’énergie et de projets.

Organiser une rencontre avec Édouard Labruyère, c’est l’assurance de jongler avec un emploi du temps quelque peu chargé. Ce quadragénaire dynamique est un grand voyageur, qui doit partager son temps entre quatre propriétés françaises, auxquelles s’ajoutent des intérêts dans des vignobles en Californie et en Inde. Mais restons sur la France pour aujourd’hui : historiquement ancré dans le Beaujolais et la Bourgogne, le nom de Labruyère s’est plus récemment déployé dans le Bordelais et en Champagne – un rare exemple de réussite dans des régions et appellations qui, la plupart du temps, se font fort de ne pas mélanger les genres. Mais c’est une particularité d’Édouard Labruyère que de ne pas rester sagement assis à une place assignée, et d’essayer d’explorer de nouveaux sentiers.

L’histoire familiale prend racine dès les années 1850 dans le Beaujolais, dans un vignoble qui s’appelle aujourd’hui le Domaine Labruyère et couvre une quinzaine hectares en appellation Moulin-à-Vent. Cet ancrage amènera le jeune Édouard à grandir à Mâcon, une région où il rêve non pas de faire du vin mais de devenir ambassadeur. Des études à Sciences Po’ Paris et une expérience au Quai d’Orsay (sous le ministère d’Hubert Védrine) lui permettront de se frotter aux arcanes de la diplomatie internationale. Mais le goût du vin n’est jamais loin : en 2002, Édouard remporte ce qui ne s’appelait pas encore la Left Bank Bordeaux Cup (concours des clubs de dégustation des grandes écoles) et décide de quitter le monde de la diplomatie pour rejoindre celui du courtage à Bordeaux, au bureau Laurent Quancard. Puis, son chemin croise celui de Jean-Guillaume Prats et ensemble, les deux hommes s’associent dans la structure Fidelis Wines (en hommage à la devise de Louis d’Estournel « Semper fidelis ») dédiée aux vins du monde. Mais l’atavisme familial va rattraper Édouard Labruyère : depuis les années 1980, les Labruyère sont actionnaires majoritaires du Domaine Jacques Prieur en Bourgogne et, en 2008, ils ont l’opportunité d’en reprendre la totalité. Pour Édouard, l’opportunité est belle de redonner un nouveau souffle aux vignobles bourguignons de la famille (21 hectares dont 9 grands crus en Côte de Nuits et Côte de Beaune, plus 24 premiers crus), mais aussi de recréer la marque Domaine Labruyère en Beaujolais – la production étant jusqu’ici revendue à Georges Dubœuf. Il ambitionne également de se consacrer pleinement à Château Rouget, propriété de 17,5 hectares à Pomerol riche d’une belle histoire et assise sur une jolie mosaïque de terroirs.

Grands projets et grands travaux

Nous sommes alors en 2009, Édouard a 32 ans et il reprend la direction de trois propriétés disséminées entre le Beaujolais, la Bourgogne et la rive droite de Bordeaux. Le jeune homme a autant d’idées que d’ambitions, mais il est quelquefois difficile de tout mener de front – d’autant que s’ajoute, en 2012, le projet fou de créer une marque de champagne, d’abord sur 6 hectares à Verzenay, aujourd’hui 14 dont 7 en grand cru ; la marque JM Labruyère sera finalement lancée en 2018.

Après avoir lancé « son » champagne, mis sa gamme du Beaujolais sur les rails et redéfini le style des vins de Jacques Prieur en Bourgogne (notamment en réduisant la part de bois neuf et en augmentant celle de vendange entière, en attendant la fin d’un cycle de 26 mois de travaux pour rénover l’outil technique à Meursault), Édouard Labruyère veut aujourd’hui se consacrer pleinement à Château Rouget. Sur le plan environnemental, après l’arrêt des labours, un programme approfondi de préservation de la biodiversité de la propriété et de la vie des sols, une conversion en bio a été entamée, qui doit s’achever cette année. Un gros travail de fond sur la connaissance des terroirs et l’adaptation du matériel végétal au réchauffement climatique est mené, notamment pour contenir les montées en alcool qui sont le lot le plus commun des années chaudes. L’arrivée récente d’un nouveau directeur technique très sensible aux questions environnementales, Nicolas Ribeiro, mais aussi la contribution de l’œnologue-consultant Axel Marchal, viennent concrétiser cette nouvelle impulsion donnée à la propriété – Michel Rolland, qui accompagne Rouget de longue date, continue d’intervenir sur les assemblages. Enfin, de grands travaux vont être lancés en 2023 pour rénover tout le cuvier et le chai, en prévision d’une livraison en 2024. « Nous sommes aux prémices du Rouget 2.0« , s’enthousiasme Édouard Labruyère, qui veut défendre son amour du Bordelais et, en tant que co-fondateur de l’association Pomerol Séduction, son attachement à l’appellation. « À Bordeaux, on me considère toujours comme le Bourguignon, et en Bourgogne comme le Bordelais« , s’amuse-t-il. Et si la solution, c’était de se sentir chez soi dans tous les lieux que l’on aime ?

« Terre de Vins » aime :
Château Rouget 2019.
Un millésime qui conjugue puissance et finesse, ce qui correspond bien aux terroirs de Rouget. La touche de cabernet franc (20%) et de vendange entière donne un supplément de fraîcheur, de tension et de race à ce vin alliant fruit plein, camphre, musc, épices et tonicité sanguine, sans se départir d’un velouté tr!s Pomerol qui se retrouve dans sa finale subtilement cacaotée. Env. 47 €.

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